Coupe du monde 2022 : Autour des joueurs blessés, la guéguerre clubs-sélections est loin d’être terminée

FOOTBALL La convocation de Messi et Paredes, blessés, en sélection argentine a du mal à passer du côté du PSG

Antoine Huot de Saint Albin (avec A.L.G.)
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Leandro Paredes et Lionel Messi sont blessés avec le PSG mais convoqués avec l'Argentine.
Leandro Paredes et Lionel Messi sont blessés avec le PSG mais convoqués avec l'Argentine. — JUAN MABROMATA / AFP
  • Blessés avec le PSG, Lionel Messi et Leandro Paredes ont été convoqués en équipe d'Argentine, au grand désarroi de Leonardo. 
  • Le directeur sportif parisien en appelle à un changement de règlementation concernant la mise à disposition des joueurs. 
  • Le sujet pourrait être abordé cette semaine lors d'une réunion de la Fifa autour du statut des joueurs.

Si vous voulez faire fortune, on a trouvé le bon plan : lancer une académie de football en Argentine spécialisée dans les milieux de terrain. Pas d‘attaquants capables de devenir les prochains Batistuta, non, uniquement, des milieux. Et s’ils ont la fibre défensive, c’est le jackpot assuré. Notre étude de marché est implacable. Il y a une telle pénurie à ce poste en Albiceleste que le sélectionneur, Lionel Scaloni, a été obligé d’appeler Leandro Paredes, qui squatte l’infirmerie du PSG depuis la précédente trêve internationale, mi-octobre. L’ancien joueur du Zenith s’était blessé lors de la rencontre Argentine-Pérou et n’est pas réapparu sur un terrain depuis.

Les Argentins ont également convoqué Leo Messi, touché à la cuisse et indisponible lors des deux dernières rencontres du PSG. Si les deux joueurs ne devraient pas pouvoir disputer le premier match face à l’Uruguay, samedi, au moins l’un des deux – le plus connu - est espéré pour le choc face au Brésil, le 17 novembre.

La loi est dure, mais c’est la loi

Baïonnette au canon, arme chargée, c’en était trop pour Leonardo, qui s’est plaint dans les colonnes du Parisien, dimanche : « Nous ne sommes pas d’accord pour laisser partir en sélection un joueur qui, pour nous, n’est pas en condition physique ou qui se trouve en phase de réhabilitation. Ce n’est pas logique. »

Logique, peut-être pas, mais légal, totalement. Page 43 du Réglement du statut et du transfert des joueurs de la Fifa : « Un joueur ne pouvant satisfaire à une convocation de l’association qu’il est autorisé à représenter, en raison d’une blessure ou d’une maladie doit, à la demande de cette association, se soumettre à un examen médical auprès d’un médecin que celle-ci aura choisi. Si le joueur le souhaite, l’examen médical peut avoir lieu sur le territoire de l’association auprès de laquelle il est enregistré. »

« Il a fallu que je me fâche auprès de Mourinho »

« C’est effectivement un droit, mais il y a la forme avec laquelle ça doit être réalisé, constate le président du SM Caen, Olivier Pickeu. Par exemple, la sélection argentine a, je suppose, les moyens d’envoyer un médecin constater les blessures à Paris et éviter des longs vols aux joueurs, pas idéaux pour soigner les blessures. » Peut donc se poser la question du manque de transparence entre les staffs médicaux parisiens et argentins. Avec, évidemment, des enjeux différents pour les deux entités.

Ancien sélectionneur du Sénégal, du Ghana ou du Cameroun, Claude Le Roy avait ainsi certains staffs dans ses petits papiers. D’autres qui lui sortaient par les yeux :

« Si l’ancien médecin du PSG, Eric Rolland, me disait qu’un joueur était blessé, je ne discutais même pas. Mais ça m’est aussi arrivé d’être en conflit avec certains clubs, en Angleterre principalement, où ils mettaient la pression sur leurs joueurs pour qu’ils restent bien au chaud loin de la sélection. En créant parfois la blessure, qui durait souvent pile le temps de la trêve internationale. Il a fallu plusieurs fois que je me fâche auprès de Mourinho [à Chelsea] à propos de Michaël Essien. »

De son côté, Le Roy n’hésitait pas, lui, à convoquer des joueurs blessés en équipe nationale, et ça faisait un peu moins grogner à l’époque. Mais il avait ses raisons : « En sélection, il y a la plupart du temps des staffs médicaux de grande qualité et ça permet aussi au joueur d’être parfaitement encadré. Et je me suis rendu compte qu’on a souvent participé à la guérison d’un joueur avec l’équipe nationale. Huit heures par jour, ils étaient en soin, ils ne faisaient que ça. Ils n’étaient pas chez eux en train de courir à droite, à gauche. Souvent, des joueurs sont arrivés blessés avec nous et sont repartis en plein boom. »

Les sélections favorisées par rapport au club

Evidemment, de l’autre côté du rideau de fer, Olivier Pickeu, en tant que président de club, n’est pas du même avis : « Lorsqu’un joueur est en protocole de soins, il y a un calendrier précis de retour qui est mis en place par les médecins du club, avec un processus spécial. Quand il part en sélection pour constater sa blessure, c’est tout un processus qui est mis sur pause, c’est une grosse perte de temps. »

Mais la Fifa ne tient pas, trop, compte des intérêts des clubs dans ces cas précis. « Dans la réglementation Fifa, tout est fait pour favoriser les sélections, et ceux qui n’obéissent pas à cela risque des sanctions, détaille Gautier Kertudo, avocat spécialisé en droit du sport. Le règlement est très peu flexible. » Et puis, pour ajouter encore plus d’obstacles aux clubs, certains s’assurent aussi de ne pas être embêtés au moment de rejoindre la sélection.

Selon Tyc Sports, Leo Messi aurait ainsi intégré une clause à son contrat avec le PSG qui stipule que la sélection sera prioritaire. « C’est effectivement quelque chose qui est possible, dès lors que c’est homologué par la Ligue, concède Gautier Kertudo. En droit du sport, on met bien ce qu’on veut sous contrat. Et il peut exister également des actes sous seing privés. Mais, de manière générale, le contrat ne va pas s’imposer par rapport aux règlements de la Fifa. » Ainsi, un contrat avec une clause permettant au joueur de zapper sa sélection ne sera donc jamais homologué par les instances.

Ce qui a fait dire à Leonardo que « ce type de situations mérite qu’on définisse un véritable règlement avec la Fifa ». Le Brésilien sera peut-être entendu par Gianni Infantino et ses petits camarades. Une réunion, prévue bien avant cet épisode Paredes-Messi, aura lieu ce mercredi pour évoquer les statuts des joueurs. On ajouterait bien une ou deux pages aux 90 déjà existantes.