Tennis : Avec Andy Murray, l’Open de Rennes entre dans la cour des grands

TENNIS Le tournoi Challenger s’est offert un plateau de rêve grâce à son positionnement idéal juste après l’US Open

Camille Allain
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La légende Andy Murray, ici à l'échauffement avant son entrée en lice à l'Open de tennis de Rennes.
La légende Andy Murray, ici à l'échauffement avant son entrée en lice à l'Open de tennis de Rennes. — C. Allain / 20 Minutes
  • Lundi soir, la légende du tennis Andy Murray a réussi son entrée en lice au premier tour de l'Open de Rennes.
  • L'Ecossais donne à ce tournoi Challenger des airs de Master 1000 tant le plateau est relevé. 
  • L'arrivée de Nicolas Mahut, le déménagement au Liberté et le changement de date ont clairement fait passer le tournoi dans une autre dimension cette année. 

Il y a quinze jours, Andy Murray se distinguait par un énorme match face au monstre grec Stefanos Tsitsipas. Et quelques déclas bien senties reprises par la presse du monde entier pour critiquer le temps de pause anormalement long pris par son adversaire. Ce lundi, l’ancien numéro 1 mondial évoluait face à l’Allemand Yannick Maden, un adversaire bien moins huppé, sur un court bien moins connu que ceux de Flushing-Meadows.

Dans la salle du Liberté, en plein cœur de Rennes, l’Ecossais n’a pas tremblé pour écarter le numéro 240 à l’ATP (6-3 6-1). Longtemps blessé, l’ancien numéro un mondial a vu son classement chuter ces dernières années. Cette semaine, c’est dans la peau du 116e mondial qu’Andy Murray s’est présenté au premier tour du tournoi Challenger de Rennes. Une « régression » pour le champion olympique. Mais un énorme coup pour le tournoi de la capitale bretonne.

Ce lundi, dans les couloirs du Liberté, on sentait beaucoup d’excitation avant la première rencontre de la star de l’Open Blot de Rennes. Mais aussi un paquet de stress et de nombreuses choses à régler. « Avec la venue d’Andy, tout est différent. On est obligés de rehausser les standards donc on essaye de pousser un peu tout le monde à faire mieux et un peu plus vite. Il y a une grande attente, une grande excitation », explique Nicolas Mahut.

Le tennisman français, éliminé en quart de finale de double du tournoi new-yorkais a rapidement rejoint la France pour enfiler sa casquette de directeur sportif pour sa première à la tête du tournoi rennais. « Depuis quarante-huit heures, ce tournoi, c’est plus sportif que l’US Open. »

La venue de la star écossaise a-t-elle chamboulé à ce point l’organisation ? « Oui et non. Oui parce que c’est un grand champion. Nos Français aussi, mais eux sont habitués aux tournois Challenger dont ils connaissent le fonctionnement. C’est plus facile de les approcher. Mais Andy n’a quasiment eu aucune demande. C’est un champion immense, mais avec des demandes très très simples. On essaie que tout soit parfait pour qu’il soit heureux de son séjour à Rennes », poursuit Mahut.

C’est lui qui a glissé l’invitation à Murray au début de l’été « sur le ton de la blague ». Sans imaginer que cela pourrait se concrétiser. « Je veux réhabituer mon corps à jouer 2, 3, 4 matchs en une semaine », a expliqué Murray après sa victoire. Toujours très populaire, l’Ecossais a un accès grand ouvert à tous les plus grands tournois. Mais son classement l’oblige à se cogner de très gros morceaux dès les premiers tours.

A Rennes, la star écossaise a en tout cas éclipsé le reste du très beau casting français concocté par l’organisation, de Richard Gasquet à Gilles Simon, en passant par Lucas Pouille ou le tenant du titre Arthur Rinderknech. « L’arrivée de Nicolas Mahut nous apporte beaucoup. C’est un joueur qui est encore sur le circuit. Il est très apprécié, c’est un facilitateur. Il les met en confiance, il les rassure sur le fait de venir pour un Challenger », explique Matthieu Blesteau, le directeur du tournoi.

« Le plateau ne sera pas comme ça tous les ans »

Face à cette exposition soudaine, l’organisation a dû s’adapter rapidement. Lundi, il a fallu régler l’éclairage capricieux du Liberté. Une très belle salle pas vraiment habituée à recevoir des matchs de tennis. C’est pourtant le déménagement dans ces murs lors de la dernière édition qui a participé à la nouvelle renommée de l’Open de Rennes. Mais ce n’est pas la seule raison. En changeant de date pour se positionner après l’US Open, le tournoi rennais a fait une excellente opération.

« Le changement de lieu nous permet de proposer des conditions optimums pour les joueurs. Ça a amené de la notoriété au tournoi. Mais la date a aussi beaucoup joué, elle est fabuleuse. Elle s’est libérée un peu grâce au Covid juste après l’US Open et avant l’Open de Moselle. Il y a aussi l’annulation de la tournée asiatique qui fait que les joueurs restent en Europe cette année », poursuit Matthieu Blesteau. Le directeur ne s’emballe pas et lance même un petit avertissement. « Il faut profiter cette année. On a beaucoup de chance. Le plateau ne sera pas comme ça tous les ans. »

En attendant, l’Open Blot savoure son moment de gloire. Et se délecte déjà d’un potentiel quart de finale opposant Richard Gasquet à Andy Murray. Qui aurait cru cela il y a quelques années quand l’événement se déroulait dans la modeste salle Colette-Besson, se pliant en quatre pour attirer les partenaires ? A écouter le directeur du tournoi, le joli plateau servi cette année a grandement facilité le travail commercial des équipes. Même s’il reste un énorme travail pour se faire un nom sur le circuit mondial.

Le vainqueur empochera… 9.000 euros

Imaginez un peu. Cette année, le vainqueur du tournoi rennais empochera environ 9.000 euros. Bien loin des 2,1 millions remportés par Daniil Medvedev à l’US Open dimanche soir. Pas le même monde. Mais qu’importe. Mercredi ou jeudi, Andy Murray reviendra sur le court du Liberté. Et ça, ça n’a pas de prix. « On a accueilli des joueurs comme Rublev, Thiem, Tsitsipas, Dimitrov ou Tsonga. Cette année, on se focalise sur les grands noms mais si ça se trouve, celui qui va gagner, personne ne le connaît. Mais on le retrouvera peut-être dans un an ou deux en demi-finale de Roland-Garros », lance Matthieu Blesteau. Et si, c’était un Français ? On blague.