Des footballeurs (et beaucoup d'autres) boostés aux stéroïdes

DOPAGE L'agence de lutte contre le dopage a diffusé des résultats inquiétants. La Ligue et les clubs s'étonnent…

M. Go.

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 Analyses d'échantillons dans le cadre de la lutte anti-dopage.
 Analyses d'échantillons dans le cadre de la lutte anti-dopage. — D. FAVRE / SIPA

Certains footballeurs, pourtant d’habitude si attachés à leurs coupes de cheveux bizarres, n’ont pas dû être ravis de passer chez le coiffeur. L’Agence française de lutte contre le dopage s’est livrée à 138 analyses en 2008 sur les cheveux de différents sportifs pris au hasard pour y déceler les traces de produits dopants. «Ce n’est pas un résultat statistique, mais une sorte de sondage», a tenu à nuancer Pierre Bordry, président de l’AFLD, à l’énoncé des résultats, mercredi matin. Des résultats qui sont édifiants. Notamment en ce qui concerne les stéroïdes anabolisants. Ainsi 22 échantillons se sont révélés supérieurs aux critères des labos de Paris(Toxlab) et de Strasbourg (Chemtox) qui ont analysé les prélèvements.
 

Le foot en pointe
 
Les stéroïdes entraînent un renforcement musculaire. Et les sportifs les plus attachés à leur masse musculaire semblent être les footballeurs de Ligue 1 et de Ligue 2.  Sept professionnels du ballon rond sur 32 ont été contrôlés positifs aux stéroïdes (3/17 dans le cyclisme amateur, 5/30 dans le rugby, 3/32 dans l’athlé, 4/37 dans le cyclisme professionnel). Un ratio qui pourrait intriguer la Ligue de foot professionnelle et le grand public mais les noms des footballeurs et des autres sportifs concernés resteront anonymes. «Ces résultats sont préoccupants, mais nous ne prendrons pas de sanctions car c’est la première fois. Ils ont une valeur d’avertissement. Ces sportifs doivent arrêter pour leur santé», a expliqué Pierre Bordry qui a prévenu le ministère des Sports et les présidents des fédérations concernées. «Le suivi biologique instauré il y a quatre ans par la Ligue (...) n'avait à ce jour révélé aucune anomalie», a déclaré Frédéric Thiriez, le président de la LFP qui souhaite une coopération entre l'AFLD et la LFP.

Depuis le début 2009, les contrôles de l'AFLD continuent et les sanctions pourraient très vite devenir effectives même si l'Agence mondiale antidopage ne reconnaît pas encore les contrôles sur les cheveux.


Excès de jeunisme dans le monde du sport

Plus étonnant, ces taux élevés proviennent dans 18 cas sur 22 de la consommation de la célèbre DHEA. La DHEA, une hormone naturellement produite par l’organisme, est utilisée dans des cures de rajeunissement. Cette hormone se désagrège dans le corps en testotèrone et pourrait aboutir (prise en grande doses) à un renforcement musculaire. «Elle peut être trouvée dans des compléments alimentaires disponibles sur internet, mais en France elle n'est délivrée que sur prescription médicale avec une préparation en pharmacie», a précisé Michel Rieu, le directeur médical de l'AFLD. Du côté des clubs, c'est l'étonnement qui prédomine. «Nous formons nos joueurs et nous leur interdisons de prendre un complément ou un médicament sans nous l'avoir montré au préalable», explique Karl Chaori, médecin au Stade Rennais. L'efficacité de la DHEA en matière d'amélioration des performances sportives est toujours très controversée. Elle est toutefois interdite par le CIO depuis 1997.

Cette substance a une vie très brêve dans les urines (24 à 48 heures) mais beaucoup plus longue dans les cheveux mais le problème du contrôle capillaire est qu'il coûte cher (500 euros par analyse). Pierre Bordry est ainsi revenu sur une cause qui lui tient à coeur et qui fait grogner les sportifs: la localistation. «Ils peuvent se doper hors compétition et nous devons pouvoir les contrôler à ce moment-là.»