la Brigade Loire a toujours L'âge de passion

David Phelippeau

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Ce sont des « ultras ». D'emblée, le terme effraie. L'amalgame avec les hooligans est souvent incontournable. « C'est gênant, car ça revient souvent ! », regrette Romuald, le responsable de la Brigade Loire. Un cliché qui affleure à chaque incartade, chaque incident mêlant un membre du groupe. « Le hooligan recherche la violence, le contact physique, explique Romuald. Nous, c'est une passion. Etre membre de la "BL", c'est tous les jours ! » Et depuis dix ans. Samedi soir, lors de Nantes-Lorient, la « BL», qui est le groupe le plus influent, fêtera sa décennie d'existence avec diverses animations. Dix ans de remous, de courroux, mais toujours d'amour des « valeurs » du FCN.

Une création dans la douleur Clin d'oeil du destin, la « BL » est créée en 1999 lors d'un... Nantes-Lorient. « Après la disparition des Urban Service et des Young Boys, une dizaine de personnes voulaient redonner vie à un stade de la Beaujoire trop sage, au sortir de la Coupe du Monde 1998, raconte Romuald. Les deux ou trois premières années ont été rudes. On partait du néant. Plus personne ne chantait. Le public était assis. Sachant qu'à Nantes, c'était et c'est toujours un public de spectateurs... » A mesure que les années passent, le groupe résiste aux mauvaises relations avec les différentes directions, jusqu'à compter aujourd'hui près de 270 membres.

Les années pain noir Nonobstant le titre de 2001 et les deux Coupes de France (1999 et 2000), « sportivement, on n'a connu que de la merde !, lâche Romuald. A la Brigade, beaucoup n'ont connu que des conflits, des tracts, des manifestations depuis quelques années, avoue-t-il. Sachant qu'avec Gripond et Roussillon [anciens présidents], on est allés très haut dans le n'importe quoi ! » A tel point que, selon lui, le groupe s'est même éloigné de sa mission. « L'énergie qu'on a mis dans les communiqués ou les banderoles, on aurait pu la mettre ailleurs. Ça valait le coup, mais ce n'était sans doute pas notre rôle premier ! »

Une image plus sage Il fait le « tampon » entre la direction et les groupes de supporters. Luc Delatour, directeur des compétitions, est donc légitimement bien placé pour juger l'évolution de la « BL ». « Ils ont mûri, explique-t-il. Ils sont conscients qu'il y a des bornes à ne pas dépasser. Même si parfois, dans la forme, ils peuvent choquer... » Selon lui, la Brigade joue le rôle « d'un syndicat, d'un contre-pouvoir » qui ne se prive pas « de rappeler à l'ordre la direction en cas de grosses erreurs ». Romuald va dans ce sens. Souvent taxée « de frondeurs ou de groupe virulent et excessif », notamment après l'épisode de Sochaux en 2005, où des stadiers avaient été blessés, la « BL » a lissé son image. « On a évolué. Les gens ont vu, au fil du temps, qu'on n'était pas forcément le vilain petit canard. Après, ça reste fragile, il ne faudrait pas un Sochaux bis ! » ■