Le retour de Chambers fait débat

ATHLE Les athlètes sont divisés sur la participation de Dwain Chambers aux championnats d'Europe. Surtout dans son pays...

B.T.

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Les autorités sportives britanniques peinaient à cacher leur soulagement dimanche après l'annonce par le sprinteur et ex-dopé Dwain Chambers de sa reconversion dans le rugby à XIII, éloignant le spectre d'une bagarre juridique pour imposer son retour à l'athlétisme.
Les autorités sportives britanniques peinaient à cacher leur soulagement dimanche après l'annonce par le sprinteur et ex-dopé Dwain Chambers de sa reconversion dans le rugby à XIII, éloignant le spectre d'une bagarre juridique pour imposer son retour à l'athlétisme. — diego tuson AFP

La page est tournée pour l'ex-banni Dwain Chambers. Pour d'autres non. La participation ce week-end du renégat, contrôlé positif à la THG et suspendu deux ans en 2003, à l'Euro-2009 en salle à Turin fait encore couler beaucoup d'encre.

Le Britannique, persona non grata sur les compétitions de l'«Euromeetings Group» (qui regroupe les principales réunions d'athlétisme en Europe), n'a plus beaucoup d'amis dans le milieu. En fait, il a surtout des ennemis.

En 2008, l'impitoyable milieu du sport anglais avait fait pression pour qu'il ne participe pas aux Jeux de Pékin. De nombreux athlètes, comme son adversaire Craig Pickering, avait ainsi lancé une pétition pour demander le bannissement des Jeux des «tricheurs» et Sebastian Coe s'était répandu à de multiples reprises dans la presse contre le multi-dopé. «Je ne peux pas avoir pitié de Chambers vu l'état dans lequel lui et d'autres ont laissé mon sport», avait ainsi jugé le médiatique boss des Jeux de 2012 dans «The Independent». Malgré ses très bonnes performances, la fédération avait fini par l'exclure de l'équipe.

Dans sa quête d'une «seconde chance», Chambers a tout de même trouvé quelques soutiens de poids, notamment médiatiques. Le quotidien «The Times» a clamé son «admiration» pour Chambers qui «dit la vérité, pour laquelle il a été largement condamné: le dopage est courant et seuls les idiots sont pris». Le «Daily mail» publie les bonnes feuilles de son autobiographie. Même s'il embarrasse sa fédé, le sprinteur qui dénonce un «deux poids deux mesures», a été accueilli «à bras ouvert» par le nouveau directeur technique national Charles van Commenee qui souhaite tourner la page. Il est «temps de pardonner à Chambers. Cet homme a commis une faute, il a été condamné, il a exprimé ses remords. C'est la vie», a jugé le patron de l'équipe britannique.

«Tant mieux s'il gagne»


Même attitude compréhensive de la part des athlètes français. «Le tribunal l'a condamné. Il a déjà payé. Il mérite une seconde chance mais il ne faut pas qu'il la gâche», avertit l'espoir Christophe Lemaître, le seul français qui aura la possibilité de l'affronter sur 60m. Pour Ronald Pognon, actuellement blessé, son retour «est une bonne chose».

Mais le champion du monde du relais 4x100m en 2005 reconnaît que le public italien sera sans doute «un peu chaud et un peu brouillé» par la participation de Chambers. Franck Chevallier, le DTN de l'athlétisme français, partage un avis identique à celui de ses protégés: «C'est un garçon qui a payé même s'il a triché.»

Une victoire du Britannique serait-elle bien accueillie ? «Ca fait partie du jeu. Tant mieux s'il gagne», répond Christophe Lemaître. «Il va gagner le championnat», déclare sans ambigüité Ronald Pognon. Avec le meilleure performance mondiale de la saison sur 60m (qu'il co-détient avec l'Américain Michael Rodgers en 6''51), il sera en tout cas le grand favori de la compétition.