Champion de France et bientôt Français

Antoine Maes

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C'est une cocasserie administrative, autant qu'un immense exploit sportif. Le tout entouré d'une histoire à vous faire écrire un scénario pour Hollywood. Sharif Hassenzade fêtera ses 18 ans en fin d'année. Il est champion de France espoir de boxe française depuis ce week-end. Hier matin, l'athlète était encore sans-papiers et rêvait de « combattre pour la France. » Le soir même, ses souhaits ont touché jusqu'aux plus hautes instances de l'Etat puisque le ministre de l'Immigration, Eric Besson, a demandé à la préfecture du Nord « la régularisation sans délai de cette situation», ajoutant que le jeune homme pouvait engager « des démarches en vue de sa naturalisation. »

Son parcours, c'est « Rocky chez les passeurs » en forçant à peine le trait. « Je suis né en Afghanistan. Et puis avec ma famille, on est parti au Pakistan. Ensuite, on m'a proposé de venir travailler en France, et me voilà », explique pudiquement Sharif. A 14 ans, après trois mois passés avec les réseaux de clandestins, il débarque à Lille. « Il ne connaissait rien ni personne. On l'a mis dans un foyer, et puis il s'est mis à la boxe. En un an, il est devenu champion de France. Le vrai miracle, c'est d'être allé aussi vite », souligne Bruno Cardoso, qui avoue avoir « bluffé » pour son inscription aux championnats de France. « Il a une licence chez nous, ça a suffi. Personne ne nous a jamais rien réclamé, et il est allé au bout ». Sharif en a profité. Sa technique est encore loin d'être au point. « Mais quand je combats, j'ai la rage », promet le jeune homme. « Il n'a pas 18 ans, mais à déjà vécu ce qu'un mec de 40 ans a vu. Et physiquement, il a une caisse énorme », détaille son entraîneur. Désormais, Sharif se préparer sereinement pour les championnats de Belgique Open et pour le championnat de France l'année prochaine, sésame indispensable pour les grandes compétitions internationales. Il y a peu, une juriste lui assurait qu'un « titre de champion de France permettrait sûrement d'accélérer les choses. » Ce sont ces petites phrases qui ont permis à Sharif de se battre et d'arracher le prestigieux titre national. De même que celles, réconfortantes, du maire (PS) de Tourcoing, Michel-François Delannoy : « Je m'incline devant la force et la hargne qu'il met à réussir tout ça. » « Il faut en faire des choses pour bouger les politiques » affirmait Sharif avant d'être régularisé. Mais il ne croyait probablement pas si bien dire. ■