Transferts: Quand les clubs amateurs décrochent le jackpot

FOOT Ils touchent une partie des transferts des stars...

Romain Scotto

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Les footballeurs de Créteil-Lusitanos à l'entraînement sous les ordres de leur entraîneur Olivier Frapolli, le 2 septembre 2008 à Créteil.
Les footballeurs de Créteil-Lusitanos à l'entraînement sous les ordres de leur entraîneur Olivier Frapolli, le 2 septembre 2008 à Créteil. — S.Pouzet/20MINUTES

Ils n’ont même pas eu à attendre l’ouverture du mercato pour se frotter les mains. Mi-décembre, les dirigeants du Paris FC ont fêté Noël avec quelques jours d'avance. En quittant Portsmouth pour le Real, l’un de leurs anciens protégés, Lassana Diarra, leur offrait indirectement un chèque conséquent. Environ 35.000 euros. Une somme dérisoire au regard des 20 millions versés par le club espagnol pour s’offrir «Lass», mais un bonne dose de «beurre dans les épinards» pour le Paris FC, confie Fabrice Vanneste, le directeur administratif du club. «Dans le contexte économique actuel, ça fait du bien. On est à l’affût de toutes les indemnités. Même les plus minimes.»



Ces étrennes inespérées sont le fruit d’une directive de la FIFA qui instaure depuis 2001 un mécanisme «de solidarité». Sur chaque transfert entre deux pays, une taxe de 5% est prélevée et redistribuée entre les clubs formateurs où le joueur est passé entre en 12e et son 23e anniversaire. Cette somme s’ajoute à l’indemnité de formation qui, elle, n’est pas indexée sur le montant du transfert.



Vieira, Makelele, Thuram



Lorsque les montants s’expriment en dizaines de millions d’euros, les retombées sont parfois étourdissantes. Comme au FC Drouais (CFA 2). A l’intersaison 2005, le transfert de Patrick Vieira d’Arsenal vers la Juventus pour 20 millions d’euros a permis au club de l’Eure-et-Loir de combler un déficit de 120.000 euros en encaissant un chèque de 200.000 euros.



De la même façon, le FC Melun affiche aujourd’hui un bilan financier équilibré. Au début des années 80, Claude Makelele et Lilian Thuram y distribuaient leurs premiers tacles. Vingt ans plus tard, le club en récolte les fruits. «On a touché 360.000 euros pour Claude et 25.000 pour Lilian, se félicite Norbert Fabbro, l’actuel président du club. Cet argent est un don du ciel. Aujourd’hui, on a un encadrement de très bonne qualité avec trente éducateurs diplômés. Et puis on a refait nos bureaux, racheté des ordinateurs, des équipements. Grâce à cet argent, on a aussi pu habiller nos jeunes gratuitement pendant deux ans. A la base, on avait mis en place un projet sur dix ans. Eh bien avec cette indemnité, d’un point de vue sportif et structurel, on n’en serait pas là.»



«Cet argent, on ne peut pas s’en servir comme si on avait gagné au loto»



Pour la plupart des présidents, il est normal de rendre à la formation le fruit de son travail. En reversant l’intégralité des indemnités de solidarité à son équipe senior, Mustapha Larbaoui fait donc figure d’exception. «A Trappes, ce qu’on touche sur les transferts profite à l’équipe première. Tout l’argent que l’on a récupéré grâce à Anelka est réservé aux seniors. Car cet argent, c’est une récompense. Chaque année, je dis à mes joueurs: le pognon, il est sur la table. Vous n’avez qu’à vous baisser pour le ramasser. Mais malheureusement, jusqu’à maintenant, on n’a pas les résultats souhaités. Et chaque année, le pognon, je le remballe. Cet argent, on ne peut pas s’en servir comme si on avait gagné au loto.»



En région parisienne, d’autres clubs comme Levallois ou Viry-Châtillon, où sont passés Didier Drogba et Thierry Henry, ont reconnu avoir touché des sommes conséquentes sans en dire d’avantage. Dans le milieu amateur, les grosses rentrées d’argent suscitent parfois quelques jalousies. Depuis la mise en place de la directive, les présidents de clubs se montrent beaucoup plus attentifs aux mouvements de leurs anciens joueurs. Histoire de ne pas passer à côté d’un joli chèque. Lors de chaque transfert, il appartient aux clubs de se manifester et de faire valoir leurs droits.



«On ne sait pas qu’untel a signé en Finlande»



Rompus aux procédures administratives, les grosses écuries confient cette tâche à des cabinets d’avocats spécialisés. «Mais avec la multiplication des mouvements de joueurs, certains dirigeants de petits clubs ne suivent pas, déplore Fabrice Vanneste. Ils ne savent pas forcément qu’untel ou untel a signé en Finlande.» Sur ce point, celui qui gère les comptes du Paris FC ne se fait pas trop de soucis. Il garde un œil avisé sur tous les anciens du club. Qui sait si l’été prochain, des joueurs comme Nicolas Douchez ou Habib Bamogo ne leur rapportera pas gros?

De nombreux litiges

Dès qu’un différend intervient entre deux clubs lors du paiement de l’indemnité, la chambre de résolution des litiges de la FIFA est saisie. Actuellement, celle-ci examine plusieurs cas mettant en cause des clubs français. Parmi eux, celui de Pascal Feindouno, actuellement à Al Saad, au Qatar. Les Girondins de Bordeaux tentent de récupérer leur indemnité, tout comme Vannes, dans l’attente de son dû depuis le transfert en 2006 de Mathieu Berson à Levante. Même requête pour Nogent-sur-Marne et Le Perreux-sur-Marne concernant Franck Signorino, à Getafe depuis 2007. Enfin l’AS Saint Laurent la Billère et le FC Pau sont en procédure avec le Besiktas pour le cas d’Edouard Cissé.