Les sportifs antillais inquiets

CRISE Face au mouvement social qui agite les Antilles, les champions locaux réagissent et analysent la situation avec amertume...

B.T.

— 

Lilian Thuram, qui était sur le point de s'engager avec le Paris SG, a finalement dû renoncer en raison d'une "malformation cardiaque" détectée lors de la visite médicale: un coup dur pour le joueur qui saura dans un mois s'il pourra continuer à jouer au football.
Lilian Thuram, qui était sur le point de s'engager avec le Paris SG, a finalement dû renoncer en raison d'une "malformation cardiaque" détectée lors de la visite médicale: un coup dur pour le joueur qui saura dans un mois s'il pourra continuer à jouer au football. — Franck Fife AFP/Archives

«Je pense que la situation peut pourrir.» Ces mots venant de Marius Trésor, ancien capitaine de l’équipe de France de football, résument la tension qui règne autour des départements d’Outre-mer. «Si ça continue comme ça, que ce soit la Guadeloupe ou la Martinique, on risque de mettre un bon bout de temps pour se relever», avertit-il. Pour le natif de Saint-Anne (Guadeloupe), les riches «ne font rien pour que ça change». « J’ai vu et lu pas mal de déclarations de gens qui détiennent les supermarchés. Au lieu de faire en sorte que cela se calme, ils mettent au contraire de l’huile sur le feu», assure l'ancien demi-finaliste de la coupe du Monde 1982.

La colère de Pérec

«Je suis très remontée, touchée, inquiète», a lancé, de son côté, Marie-José Pérec, dans «L’Equipe», sur la situation aux Antilles. La gazelle confie que «les Guadeloupéens sont mécontents à raison. Au-delà de la lutte contre la vie chère, ils ont l'impression qu'on ne les écoute pas, qu'on ne les entend pas. Ce qui me frappe, c'est que la majorité des manifestants est jeune, déterminée. Prête à se battre jusqu'au bout. Et je n'ai qu'une crainte: que les choses empirent.»
La triple championne olympique d’athlétisme souhaite que le conflit se règle au plus vite. «Il faut absolument parvenir à une entente. L’Etat français en a le pouvoir», lâche Marie-Jo Pérec, qui a «envie de défiler pour soutenir nos familles, nos amis», auprès des Antillais ce samedi à Paris.

Thuram, le porte-parole

Même son de cloche pour Lilian Thuram, qui multiplie les interventions pour médiatiser le conflit. L’ancien défenseur champion du monde 98 dénonce le laxisme de l’Etat. « Pourquoi a-t-on attendu si longtemps pour accorder de l’importance aux problèmes dénoncés par la population antillais? Les gens qui souffrent à l’heure actuelle, eux, prennent ça pour du mépris, dénonce Thuram dans «Le Parisien». Les gens sont inquiets pour leur avenir. Et ils se demandent si l’Etat a la capacité de répondre aux problèmes des plus précaires.» Mercredi soir lors du journal de 20h de France 2, après son passage dans «Le Grand Journal» sur Canal +, le natif de Pointe-à-Pitre a dit observer la situation dans l'île avec «tristesse» et «compréhension.»

«Ma mère fait à manger tous les trois jours»

Celui qui avait refusé d’être ministre de la diversité du gouvernement affirme que s'il était sur place, il «ferait partie des manifestants.» «Il faut simplement essayer de comprendre, d'écouter les revendications. S'il y a aujourd'hui 60.000 personnes dans les rues, c'est qu'il y a une raison», continue-t-il. Si vous vivez aux Antilles, vous savez qu'il y a un malaise, un problème.»
Les sportifs antillais de métropole vivent dans la tourmente et restent très souvent en contact avec leur entourage resté aux Antilles. Ces derniers vivent dans des situations de plus en plus précaires.

«C’est vraiment catastrophique», déplore Ronald Pognon, champion du monde du relais 4x100 m en 2005, qui a souvent sa «mère en ligne». Le Martiniquais «trouve que le Président a pris beaucoup de temps à se décider [...] et qu'il doit s'activer» alors qu'il y a eu «un vote des Antillais» en sa faveur.
«Ma mère fait à manger tous les trois jours pour économiser le gaz », désespère Laura Flessel, double championne olympique d’escrime. Pour Maureen Nisima, sa partenaire martiniquaise, «dans les vestiaires, en ce moment, on ne parle que de ça avec les Antillais.»