Quand le foot découvre les contrôles désorientés

DOPAGE Le nouveau système de localisation destiné à faciliter les contrôles inopinés, est très mal accepté par les joueurs professionnels...

Romain Scotto
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Le footballeur bréilien de Lyon, Juninho lors de Bayern Munich - Lyon, le 30 septembre 2008.
Le footballeur bréilien de Lyon, Juninho lors de Bayern Munich - Lyon, le 30 septembre 2008. — K.Pfaffenbach/REUTERS

Il  a suffi d’un simple courrier pour irriter la plupart des capitaines de Ligue 1  et de Ligue 2. Une lettre de  l’Agence française de lutte contre le dopage stipulant qu’ils font désormais  l’objet d’un suivi personnalisé en matière de contrôles antidopage. A travers  les hommes au brassard, l’AFLD entend localiser tous les membres d’une équipe.  Et faciliter les contrôles inopinés. Une nouvelle qui ne ravit pas les premiers  concernés, à l’image de Juninho, le capitaine lyonnais qui n’apprécie pas  vraiment d’être l’unique membre de son équipe recensé.


Pour Pierre Bordry, patron de l’Agence,  il s’agit simplement d’un choix pratique. «Notre fichier ne comprend que 500  noms. On ne peut localiser que 500 sportifs professionnels de haut  niveau, tous sports confondus. On  n’a pas les moyens de suivre tous les joueurs c’est impossible.» Au-delà de ce  recensement ciblé, c’est la procédure de localisation imposée par l’agence  mondiale antidopage qui suscite les critiques des footballeurs.


Platini s’insurge


Depuis  le 1er janvier, tous doivent être disponibles tout au long de l’année pour  répondre aux contrôles. Et signaler à l’avance le moindre de  leurs déplacements. Le système est  déjà bien ancré chez les cyclistes, les athlètes et les skieurs. Mais chez les  footeux, le chemin est encore long. Mercredi le président de l’UEFA, Michel  Platini, s’est élevé contre une mesure qu’il qualifie d’«inconcevable». Il  dénonce notamment l’intrusion des contrôleurs dans la vie privée des sportifs  pendant leur courte période de repos, faisant ainsi échos de Philippe Piat, le  président de l'UNFP.


«On est pour  les contrôles, mais là, ça va trop loin. C’est une  atteinte à la vie privée, s’emporte le représentant du syndicat des joueurs  pros. Imaginez qu’ils soient en vacance avec leur maîtresse…» Philippe Piat ne  place pas le football sur le même plan que d’autres sports dont l’agenda des  athlètes est beaucoup plus aléatoire. «Le foot, c'est un sport co. On s’entraîne  pendant onze mois et demi ensemble. S’ils veulent nous trouver, ils n’ont qu’à  se rendre à l’entraînement. Alors qu’on n’embête pas les joueurs pendant leurs  vacances. On a d’ailleurs saisi la Cnil, car c’est inadmissible.»  

Que dit la  Cnil?


A l’instar de l’instance norvégienne, il espère que la Cnil  juge illégale l’application d’un tel système de localisation. En Belgique 65  athlètes ont porté l’affaire devant les tribunaux tandis que plusieurs sportifs  de renom, à l’image de Rafael Nadal ou Serena Williams ont déjà dénoncé les  contraintes d’une telle mesure. Mais pour Pierre Bordry, ces requêtes n’ont  aucune chance d’aboutir en France «puisque l’AFLD a déjà été obligée de demander  un avis à la Cnil avant de mettre le système de localisation en service. M. Piat  se trompe. L’accord de la Cnil a  déjà été demandé.» Sa réponse figure déjà dans un texte de  loi.