Pourquoi les Français réussissent leurs mondiaux?

SKI Alors que se profilent les épreuves techniques, à partir de jeudi, les Bleus présentent déjà un bilan satisfaisant...

Romain Scotto

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Le skieur français Julien Lizeroux, médaillé d'argent en super-combiné aux championnats du monde de Val d'isère, le 9 février 2009.
Le skieur français Julien Lizeroux, médaillé d'argent en super-combiné aux championnats du monde de Val d'isère, le 9 février 2009. — D.Ebenbichler/REUTERS
De notre envoyé spécial,

A Val d'Isère, il n'y aura plus de migrations de population d'une face à l'autre. Avec la fin des épreuves de vitesse, les Mondiaux tournent définitivement le dos à la piste de Solaise. Tout se déroule désormais à moins de cent mètres de là, sur Bellevarde. Ce basculement définitif marque le lancement des disciplines techniques (géant et slalom), dont les Français attendent forcément une belle moisson. Une, voire deux médailles. Décomplexés par l'argent de «MMA» et Lizeroux, les Bleus ont déjà rempli leur contrat. Ce qui ne les empêche pas de voir un peu plus loin.

Ils connaissent les pistes

Pour connaître l'issue de la première course des Mondiaux, il suffisait tout bêtement d'écouter Marie Marchand-Arvier. La surprenante dauphine de Lindsey Vonn sur le Super-G ne s'est jamais présentée comme l'une des favorites avant de chausser leurs skis. Mais sur une piste qu'elle connaît mieux que ses adversaires (Solaise), l'exploit était largement à sa portée. Avant de s'aligner en géant vendredi, Gauthier de Tessières avoue tirer un surplus de confiance à l'idée de skier sur Bellevarde: «Ca fait des mois qu'on s'entraîne dessus pour bien se préparer. Je me suis toujours bien senti sur la Face.» Et il y a de quoi. Depuis dix jours, les Bleus s'exilent régulièrement à Courchevel où ils s'exercent sur les mêmes tracés que ceux des courses. Un avantage maison que toutes les autres nations leur envient. Les Autrichiens le leur ont déjà fait savoir.

Ils sont devant leur public


De mémoire d'Avalin, on n'avait jamais vu ça. Même pendant les JO de 1992. Autant de monde au pied d'une piste pour crier ou agiter des clarines en l'honneur des skieurs locaux. A l'applaudimètre, ces Mondiaux sont déjà réussis. La gratuité intégrale des sites y est sûrement pour beaucoup. Mais au final, les Français ressentent un engouement assez inhabitue. Le géantiste Thomas Fanara témoigne: «On sent vraiment une attente. Il y a une telle ambiance, avec ce monde... On n'a pas l'habitude de voir ça. Avant de skier, je ressens beaucoup d'envie.» En jeune retraité, l'ancien vice-champion olympique de slalom, «Bastoune» Amiez, regretterait presque d'être parti trop tôt. «C'est assez exceptionnel. Cela permet aux skieurs de se surpasser. S'il y a eu une période de creux dans le ski français entre Albertville (1992) et aujourd'hui, c'est parce qu'on n'avait pas d'événement de ce genre.» On attend déjà les suivants.

Le groupe est soudé

L'idée revient dans la bouche de tous les membres du staff. Et elle se vérifie en suivant les Bleus entre les courses. Dans une ambiance aussi familiale, tous trouvent apparemment les conditions idéales pour réussir. En langage Coupe du monde 98, on dirait que «le groupe vit bien», qu'il est animé par une «bonne émulation». La présence de deux locomotives comme Grange et Lizeroux, très proches en dehors des pistes, catalysent les envies de leurs partenaires. «On s’entend bien. Personne ne se planque à l'entraînement. Et du coup, ça tire le groupe vers le haut», se réjouit Cyprien Richard. Son pote du groupe technique, Thomas Fanara acquiesce: «en équipe, on se sent toujours plus fort qu'individuellement. Il n'y a pas de rivalité et on apprend tous des autres. C'est comme ça qu'on avance.»