Maradona, pas encore prophète en son pays

Stéphane Régy à Buenos Aires

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Plus de dix ans après avoir quitté la pelouse de la Bombonera, il encourage désormais son équipe depuis les tribunes. En avril dernier, avant un match de Copa Libertadores, le "Pibe" est chaud bouillant. Seule sa soeur peut le freiner.
Plus de dix ans après avoir quitté la pelouse de la Bombonera, il encourage désormais son équipe depuis les tribunes. En avril dernier, avant un match de Copa Libertadores, le "Pibe" est chaud bouillant. Seule sa soeur peut le freiner. — M.Brindicci/REUTERS

«Souvent, un grand joueur ne devient pas un grand entraîneur».  Le tacle est signé du Roi Pele, et il s'adresse à Diego Maradona. Depuis qu'il a été nommé en octobre dernier à la surprise générale sélectionneur de l’albiceleste, toute l’Argentine s’interroge. Pas Diego, que les critiques le font «bien rire».

 

Vicente Pernia, capitaine de Boca Juniors au moment où Maradona y fit ses premiers pas il y a 30 ans, y croit lui aussi dur comme fer. «Les gens pensent connaître Maradona, mais ils se trompent. Pour l'avoir vu s'entrainer, je peux dire qu'il est très sérieux et travailleur. Il n'est pas dilettante. Si quelque chose lui tient à cœur, Diego s'y donne a fond. Ce sera évidemment le cas avec la sélection

 

«L'eau chaude a déjà été inventée»

 

Pour l'heure, difficile de dire ce que l'ancien meilleur joueur du monde apporte à l'équipe de son pays: il n'a joué qu'un match amical, gagné 1-0 en Ecosse. Peu de jeu, pas plus d'occasions. Une chose est sure, il ne faut pas s'attendre à des innovations tactiques. Diego a prévenu, «l'eau chaude a déjà été inventée».

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Pour trouver la «patte» Maradona, il est donc conseillé de chercher du côté du choix des joueurs inscrits sur la feuille de match plutôt que de l'animation collective. «Maradona a compris qu'il lui fallait tourner la page d'une génération et laisser des vieux à la maison. Sur le terrain, ses relais seront les jeunes comme Tevez, Agüero, Gago ou Messi. Dans l'optique du mundial 2010, c'est un bon choix», analyse son ancien coéquipier Jorge Burruchaga.

 

«Diego est l'idole absolue»

 

Une décision d'autant plus judicieuse que l'aura de Maradona sur ces jeunes pousses semble incroyable. «Diego a tout gagné, il a fait le spectacle, il est l'idole absolue de ces joueurs encore adolescents. Quand il leur parle, ces derniers l'écoutent attentivement. Ils le suivront jusqu'au bout», renchérit Burruchaga.

 

L'autre atout de Maradona sélectionneur, c'est son talent d'animateur. «C'est un motivateur professionnel», répète à l'envi Carlos Bilardo, l'ancien sélectionneur des champions du monde 1986, devenu aujourd'hui l'adjoint du Pibe. Joueur, Maradona avait su fédérer autour de lui des footballeurs au talent  moyen, et leur donner suffisamment confiance pour jouer deux finales de Mondial de suite (86 et 90).

 

«Il a un lien spécial avec la sélection»

 

Passé sélectionneur, il serait bien capable de refaire le même coup. «Diego va transmettre aux joueurs la même envie de gagner que lui même avait quand il était à leur place. Il a un lien spécial avec la sélection, que peu de joueurs au monde ont. Zidane l'avait aussi. Ce ne sont pas des joueurs de club, mais d'équipe nationale. Quand ils voient le maillot de leur pays, quelque chose se passe», s'emballe Vicente Pernia.

«Peu importe la manière ni le nom de celui qui y arrivera»

Reste que la marge de manœuvre de Maradona semble assez réduite. Julio Grondona, le président de la fédération argentine, a refuse de donner a Maradona l'adjoint que celui ci réclamait, son ancien coéquipier Oscar Ruggeri. Il a également maintenu, trois jours avant le match de l'Argentine contre la France,  une partie de championnat Jujuy-Boca Juniors, ce qui obligera Maradona à se passer ce soir de Riquelme, son meneur de jeu.

 

Autant d'indices qui laissent penser que Maradona ne bénéficiera d'aucun traitement de faveur.  «En Argentine, il n'y a pas d'état de grâce pour les sélectionneurs. Tout ce que le pays demande à Maradona, c'est de gagner. On a tellement perdu que désormais, peu importe la manière ni le nom de celui qui y arrivera», conclut Burruchaga. On a beau s'appeler Diego, sélectionneur reste une vie de chien.