Riner reste maître chez lui

JUDO Le Français remporte le tournoi de Paris en battant en finale son plus grand rival...

Romain Scotto (à Bercy)

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 France's Teddy Riner reacts after defeating Russia's Alexander Mikhaylin in their over 100kg final at the Paris International grand slam judo tournament February 8, 2009.  REUTER/Charles Platiau   (FRANCE)
 France's Teddy Riner reacts after defeating Russia's Alexander Mikhaylin in their over 100kg final at the Paris International grand slam judo tournament February 8, 2009.  REUTER/Charles Platiau   (FRANCE) — REUTER/Charles Platiau

Il était rarement apparu si décidé. Casque sur les oreilles, les lèvres aussi serrées que son nœud de ceinture. Poussé par tous le public de Bercy, Teddy Riner ne voulait pas seulement conserver son titre au tournoi de Paris, dimanche après-midi. Le double champion du monde avait avant tout un compte à régler. Contre son plus grand rival, Alexandr Mikhaïline, le géant français voulait prouver qu’il est bien le meilleur judoka au monde depuis deux ans. Et qu’il n’a pas besoin d’un arbitrage maison pour faire valoir son statut.

«Ippon. C’est tout ce qui compte.»


«Je voulais absolument le battre par ippon, soupire le colosse, le regard fier. Comme ça, il ne pourra plus rien dire à la presse. Je n’avais pas le choix. Chez moi, en France, c’est comme ça, je suis le plus fort.» En un peu moins de cinq minutes, le Français a donc montré à ce géant aux doigts écorchés que la hiérarchie des derniers championnats du monde de Levallois n’était pas vraiment erronée. Sur un contre plus efficace qu’académique, Riner renvoie à la face du Russe ses critiques des semaines passées. «Ippon. C’est tout ce qui compte.»

«Avec les tripes»


A 19 ans, le médaillé de bronze de Pékin commence à prendre ses habitudes dans les grandes compétitions. Il apprend aussi à gérer un nouveau statut. Celui d’un favori, dont la victoire finale est l’objectif minimum, même quand il ne se présente pas dans les meilleures conditions. Et ce fût le cas dimanche. Mal réveillé, le poids lourds des Bleus n’a pas semblé aussi impérial que lors de ses dernières sorties. Comme il l’avoue à l’issue d’une journée où il a enchaîné quatre combats (pour un seul ippon direct), il y est allé «avec les tripes».

Le scénario aurait même pu virer la mauvaise blague, dès son entrée en lice, lorsque Bor, un Hongrois sans référence, a tenté de le déraciner. Sans frais. Après huit minutes de combat, le géant convainc logiquement les juges à la décision. «Il avait peur tout simplement, explique Bernard Tchoulouyan, son entraîneur au Lagardère Paris Judo. Il y a du monde, il est très attendu. Ce n’est pas très facile pour lui. Il se met la pression. Je l’ai trouvé pas bien du tout.»

«Il n’y a rien à dire»

Entre chaque tour, Riner prend donc le soin de respirer. Il passe à chaque fois entre les mains du kiné, sur le tapis d’échauffement. Un lieu à l’abri des regards et des hurlements du public où tous les judokas s’évitent soigneusement. Tout au long de la journée, Riner y croise Mikhaïline sans jamais le regarder. Avec son bonnet de marin pêcheur, le Russe joue lui aussi l’évitement. L’air faussement décontracté.

De son côté, le Français ne laisse jamais transparaître la moindre inquiétude. En quart de finale, il retrouve un peu d’éclat face à un autre Russe, Bryanov, avant de s’offrir un remake de la finale des championnats de France 2008 contre Pierre Robin. Concassé à la garde, il est éjecté du tableau sur un o-soto-gari (technique de jambe) dévastateur. L’un des mouvements forts de Riner. «Aujourd’hui, il n’y a rien à dire, regrette Robin, troisième au final. Contre Teddy, quand tu ne poses pas tes mains, tu ne peux rien faire. C’est lui le meilleur.» Désormais, même Mikhaïline devrait en être convaincu.