Onesta, fort en gueule

HAND Portrait du charismatique sélectionneur français...

Pierre Koetschet, à Split

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Claude Onesta, l'entraîneur toulousain des champions olympiques, le dimanche 24 août 2008.
Claude Onesta, l'entraîneur toulousain des champions olympiques, le dimanche 24 août 2008. — M. Voskresensky / REUTEURS
 De notre envoyé spécial à Split (Croatie)

«Ils demandent Karabatic toutes les dix minutes, on n’est pas là pour faire les programmes de la télévision croate non plus.» Le handball est un sport de contact, et Claude Onesta répugne rarement à mettre un taquet si on touche à son groupe. «Il est comme ça, Claude, c’est un méridional, un impulsif», s’amuse un membre du staff des Bleus.

Ce n’est pas à bientôt 52 ans que le sélectionneur de l’équipe de France va changer. Jamais avare de bons mots lâchés avec le savoureux accent rocailleux de son Tarn natal, il a l’œil pétillant de celui qui s’amuse de tout.

«Ça m’est déjà arrivé en plein match de lui dire d’arrêter d’engueuler un joueur»

Ne pas croire que les journalistes sont les seuls à subir les foudres du sélectionneur. «Il nous descend un peu, il nous rentre dedans quand ça va pas pour qu’on réagisse», explique l’ailier Luc Abalo, qui ajoute, prudent:«C’est pas facile de parler de son coach, que ce soit en bien ou en mal.»

Les légendaires coups de gueule d’Onesta ne se limitent pas à l’intimité du vestiaire. Certains, comme Guillaume Joli, en ont fait les frais sur le parquet, ce qui a agacé Jérôme Fernandez, qui n’a pas hésité à faire un signe à son sélectionneur pour lui demander de baisser d’un ton. «Ça m’est déjà arrivé en plein match de lui dire d’arrêter d’engueuler un joueur. C’est dans son tempérament, il est assez impulsif. Je fais partie des joueurs qui peuvent à un moment donné lui dire de se calmer un peu. Ça peut être négatif pour le joueur concerné, et ça peut être problématique pour nous pour la suite du match s’il s’en prend aux arbitres.»

«Quelqu’un qui marque des buts plutôt que quelqu'un qui est gentil et poli à table»

Le capitaine français peut se le permettre, c’est Claude Onesta qui l’a lancé en première division à Toulouse, en 1997. Après les Spacers, il prend la difficile succession du gourou Daniel Constantini, en 2001, à la tête des Bleus. On lui prédit le pire avec un groupe de forts en gueule.
«C'était difficile au début, se souvient Guillaume Gille. Il arrivait dans un groupe qui venait de gagner, avec des personnages.»

Pas de quoi faire peur à Onesta. «Les joueurs sont comme les autres (comprendre comme lui, ndlr), ils préfèrent quelqu'un qui marque des buts plutôt que quelqu'un qui est gentil et poli à table», rappelait le coach après le match face à la Croatie où les remplaçants bleus avaient manqué de coffre.

«Plus on est éloigné des médias people, mieux on continuera à se porter»

Champion d’Europe, du monde et olympique... pas de doute, Onesta a trouvé le truc. «C’est plutôt un coach proche de son groupe, qui aime demander comment on se sent, raconte Jérôme Fernandez. Ce qui fait le secret des résultats, c’est qu’il sait aussi qu’on est des grands garçons, qu’on sait très bien se gérer nous-mêmes, et il nous donne une certaine autonomie.»

Plutôt que de leur imposer sa loi, Claude Onesta a su laisser une partie des clés de la maison aux joueurs cadres, au point par exemple d'appeler la défense des Bleus la défense Dinart.
«C'est lui qui l'a façonné», sourit-il. «Il y a dans le groupe des gens qui réfléchissent au jeu, et à la façon dont il doit être jouer. Claude a su s'appuyer sur eux», explique Guillaume Gille.

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Son nouveau combat, qui explique son coup de gueule contre la presse: la footballisation du hand. «Pour ce qui est de la notoriété du handballeur, méfions-nous…», expliquait-il en septembre. «Si la notoriété du handballeur fait que demain il doit gagner deux fois plus d’argent mais aussi devenir deux fois plus con et deux fois plus pénible à gérer, j’aurais tendance à dire: "Restons à la situation actuelle." Plus on est éloigné des médias people et de cette marginalisation de l’information sportive, mieux on continuera à se porter.» Un nouveau titre dimanche à Zagreb n’arrangerait sûrement pas ses affaires.