Thierry Omeyer, le fou sort de sa cage

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« Il y a un seul psychopathe en équipe de France, c'est Thierry Omeyer. » La sentence est de l'entraîneur du Paris Handball, Olivier Girault. L'ancien capitaine des Bleus médaillés d'or à Pékin connaît bien son gardien : « A l'entraînement, il ne supporte pas de laisser le ballon passer, même pour rigoler. »

Psychopathe, le mot fait sourire Omeyer, aussi impassible en dehors des parquets qu'exalté entre les barres. « J'ai toujours été rageur, mais j'ai appris à le montrer. J'ai compris avec le temps qu'il fallait mettre le doute dans la tête du tireur. » Spécialiste du regard qui tue, le gardien aux yeux d'acier a donc choisi de faire peur. « Le but, c'est d'inspirer de la crainte aux attaquants. » Car gardien est un poste à part, dans le handball. Le seul où il n'y a aucun contact, où pour imprimer sa marque, et forcer les attaquants adverses à tirer là où on l'a décidé, il ne faut pas hésiter à passer pour ce que l'on n'est pas : un psychopathe.

Pas étonnant dès lors que le Cernéen soit considéré par le milieu comme le meilleur gardien du monde. Quelque part, ça l'arrange bien. « Je fais tout pour être le meilleur, mais je ne peux pas prétendre l'être. Si les autres le pensent, tant mieux. C'est plus facile pour moi sur le terrain quand le tireur adverse rentre en gambergeant, en se disant que contre Omeyer, ça va être compliqué. »

Une réputation que le portier de Kiel (Division 1 allemande) s'est construite au fil des années (il a 32 ans) et des titres (champion d'Europe, du monde et olympique). « La maturité d'un gardien arrive sur le tard, vers 28-30 ans. Il faut accumuler de nombreux matchs, enregistrer de nombreuses situations. » Ce qui passe aussi par une étude de vidéos. « Je bosse beaucoup avec, explique Omeyer, mais mes adversaires aussi. En match, c'est souvent : "Je sais que tu sais que je sais où tu vas tirer." J'ai en tête la palette propre à chaque tireur. Mais ils sont conscients de mes forces et faiblesses. Un mec comme Lars Christiansen (l ailier gauche danois), je le connais par coeur, et vice-versa. Il y a donc toujours une part d'instinct. » L'instinct du psychopathe, donc. ■ Pierre Koetschet, à Split