« On doit aimer être insulté, peut-être »

Recueilli par Alexandre Pedro

— 

Pourquoi avoir écrit ce livre ?

J'ai pris cette décision en décembre 2007 lorsqu'aucun arbitre français n'a été retenu pour l'Euro 2008. Je me suis dit qu'il fallait raconter l'histoire de cette faillite. Ce bouquin a aussi été une thérapie pour moi afin de tourner la page. J'ai pris énormément de plaisir à arbitrer, mais l'histoire s'est mal finie. Surtout à cause de ce fameux Bordeaux-Lyon de 2005 qui m'a coûté ma carrière. Je me suis alors senti abandonné par mes confrères.

Depuis la fin des années 1990, les arbitres sont beaucoup mieux payés. Qu'est-ce que l'arrivée de l'argent dans votre milieu a changé ?

Au vu de leurs responsabilités, c'est normal qu'ils soient correctement rémunérés. Mais c'est évident que l'argent a changé les rapports. Les relations sont plus exacerbées entre nous et nos erreurs encore moins pardonnées.

Vous chargez beaucoup Marc Batta, le patron de l'arbitrage en France depuis 2004...

On traîne tous des casseroles. Mon problème, c'est que j'en traîne contre des grandes équipes. Marc Batta a eu aussi ses casseroles, il ne faut pas qu'il l'oublie. Je pense que l'arbitrage français a reculé avec lui. Pourtant, je croyais qu'il allait insuffler de nouvelles pratiques et moderniser l'arbitrage. Malheureusement, il a gardé les mêmes personnes aux mêmes places et n'a rien fait. Manifestement l'arbitrage français recule, même s'il existe une relève de qualité avec des garçons comme Antony Gautier ou Saïd Ennjimi. D'ailleurs, depuis vingt-deux ans et la prestation de Michel Vautrot, aucun Français n'a officié lors d'une finale de Ligue des champions.

Quel plaisir peut-on tirer de ce métier, quand parfois tout un stade vous crache sa haine ?

On doit aimer être insulté, peut-être. Il faut aimer avoir mal pour être arbitre, ça mériterait l'examen d'un psy. Quand un arbitre se trompe, il le vit très mal, on rentre chez soi et on n'est pas fier. Il m'est arrivé d'éviter la radio, la télé ou les journaux pour de pas tomber sur des commentaires concernant ma prestation. Vous pouvez avoir effectué 90 minutes magnifiques et à la 91e avoir un coup de sifflet malheureux. On ne retiendra que celui-là. C'est terrible. ■* Ed. du Rocher, sortie aujourd'hui