A Bordeaux, le sport d'élite se délite

Rémi Bostsarron

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En fin de saison, les handballeuses du Mérignac HB vont peut-être connaître une incroyable frustration: même si elles parviennent à accrocher l'une des deux premières place de la Division 2 (elles sont actuellement 5e), elles ne pourront sans doute pas accéder à l'élite. «Très clairement, aujourd'hui, nous n'en avons pas les moyens», regrette leur président, Serge David. L'obstacle qui se dresse sur la route du MHB est de taille : le budget minimum requis pour évoluer en Division 1 est de 700 000 euros, soit deux fois son budget actuel. Ce même écueil l'avait déjà obligé à s'auto-rétrograder l'an dernier, alors qu'il avait gagné le droit de se maintenir. « Sans la municipalité, on serait mort, assure Serge David. C'est difficile de trouver un investisseur privé. On ne sait pas qui contacter dans les entreprises, on nous balade de poste en poste, et quand on arrive à avoir quelqu'un, ça n'aboutit jamais. Aujourd'hui, on nous dit que la crise ne permet pas de s'engager. Mais parfois, je crois qu'elle a bon dos. »

Malgré une exposition médiatique et un engouement populaire bien supérieur au handball féminin, le rugby souffre également de la frilosité des entrepreneurs. Ainsi, alors qu'elle espère rejoindre le Top 14 en 2010, l'Union Bordeaux-Bègles doit pour l'heure se contenter d'un budget de 4,5 millions d'euros, inférieur à la moyenne de la Pro D2 (5,4 millions). Pour Laurent Marti, son président depuis bientôt deux ans, ses résultats mitigés (elle est aujourd'hui 11e sur 16) ne peuvent pas servir d'excuse. « Il faut un peu de passion, estime-t-il. Le potentiel économique existe, mais aujourd'hui, je suis le seul à me mouiller. Je ne peux pas faire de miracle ! Dans le sport professionnel, qu'on le veuille ou non, ce sont les plus riches qui gagnent. Les entreprises ne doivent pas oublier leur rôle d'acteur social. Mais il faut dire aussi que, dans certaines villes, elles reçoivent plus de pression de la part des collectivités. » Cet homme d'affaires toulousain, qui a engagé des deniers personnels, est déçu par la passivité du monde politique. « Ils ont voulu l'union du CABBG et du Stade Bordelais, ils l'ont eu; ils ont voulu un investisseur privé, je suis arrivé; ils ont voulu une simplification du nom, ça a été fait l'an dernier. Que pouvons-nous faire de plus ?, s'interroge-t-il. Je ne les trouve pas très « sport ». Ils n'ont pas perçu la force que peut créer la présence du haut niveau. C'est une publicité quotidienne pour une ville. Les Girondins réussissent, et c'est très bien, mais il y a de la place, derrière eux. L'absence d'autres grands clubs renforce l'image peu dynamique de Bordeaux. »

Du côté des Jeunes de Saint-Augustin (JSA), on compte aussi beaucoup sur les collectivités locales. Co-leaders de la Nationale 1 de basket-ball à la mi-championnat, ils sont bien partis pour rejoindre la Pro B, ce qui les obligerait à doubler leur budget. « On a déjà alerté les partenaires institutionnels, car on va avoir besoin d'aide. Tout seul, on ne peut rien faire, prévient leur président, Denis Lacampagne. Si la ville s'engageait, ça pourrait faire boule de neige. Mais cela représenterait un gros effort : il faudrait qu'elle nous offre une rallonge dès cette année, et donc qu'elle modifie son budget. Je ne sais pas si tout le monde pourra répondre à notre attente. Entre mes rêves et la réalité... Pour le moment, en tout cas, on ne peut pas faire de projection. Je ne peux pas dire que je suis confiant. Mais j'espère. »

Serge David, lui, n'est pas loin de perdre espoir. Pour le président du MHB, la défense du sport professionnel bordelais n'est pas qu'une question de prestige. « C'est une vitrine, mais il faut voir ce qui est en jeu derrière, lâche-t-il. En handball, la Gironde possède un immense potentiel. Il y a plus de licenciés que dans certaines ligues entières. Mais si rien ne change, on va perdre tous nos talents. C'est catastrophique. Quel gâchis ! » ■