Jean Le Cam: «Si tu sors et qu'il n'y a personne, tu es mal!»

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Pierre Koetschet

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Jean Le Cam (à gauche) et Vincent Riou (à droite), soulagés après le sauvetage du premier par le second, le 6 janvier 2009 sur le Vendée Globe.
Jean Le Cam (à gauche) et Vincent Riou (à droite), soulagés après le sauvetage du premier par le second, le 6 janvier 2009 sur le Vendée Globe. — VINCENT RIOU / PRB / VENDEE GLOBE

Jean Le Cam n’est pas un beau parleur. Il préfère l’expression qui fait mouche aux longs discours. Sauvé mardi dans le Pacifique, le navigateur, a bord du bateau de Vincent Riou a raconté ses dix-huit heures emprisonné dans son embarcation retournée avec une sacrée dose d’humour et d’émotion.

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«Ca va comme quel qu’un qui vient de se réveiller depuis 10 minutes et qui avait besoin de beaucoup dormir, sourit le naufragé mercredi matin, lors d’une visio-conférence. Voila comment que ça va à peu près.»

«Je ne savais pas combien de temps je pouvais rester à l'intérieur»

Jean le Cam ne fait pourtant pas le fanfaron. Il a eu très peur. «Ces moments là, lorsqu'ils sont passés, il est difficile de raconter comment c'était pendant, parce que pendant, l'histoire peut virer d'un bord sur l'autre...»

Sa principale inquiétude n’était d’ailleurs pas le froid, mais le manque d’air. «Je ne savais pas combien de temps je pouvais rester à l'intérieur au niveau de la quantité d'air. Ce sont des choses qu'on ne sait pas, combien on consomme d'air dans un volume donné...»

«On n'a qu'une balle dans le barillet, il ne faut pas se rater!»

La trappe d'évacuation étant immergée, Le Cam savait qu'il ne pourrait pas revenir dans le bateau une fois sorti. Alors que l'océan était à cinq degrés et la mer forte, il a donc attendu d'être absolument certain de la présence de Vincent Riou pour quitter son refuge.

«A un moment, j'ai entendu la voix de Vincent, le matin, je me suis demandé si c'était réel. Puis je l'ai entendu une deuxième fois. Donc j'étais sûr qu'il était là, et c'est important, parce que si tu sors et qu'il n'y a personne, tu es mal! On n'a qu'une balle dans le barillet, il ne faut pas se rater!».

«Ah, c'est l'heure de l'accouchement!»

Le Cam, revêtu de sa combinaison de survie, a donc quitté la soute avant, pour gagner l'arrière du bateau, où se trouve la trappe de sécurité. «J'ai cherché un bout (cordage) pour m'amarrer au safran une fois dehors» a-t-il poursuivi, «j'avais déjà chaviré avec Tabarly, je savais qu'il fallait pouvoir s'amarrer pour ne pas être balayé par les vagues».

Puis le skippeur a ouvert, la trappe sous l’eau, poussant devant lui des caisses et du matériel. «Vincent a vu plein de trucs sortir du bateau, il s'est dit "Ah, c'est l'heure de l'accouchement"», a plaisanté Le Cam. «J'ai mis mes pieds en avant, et je suis sorti dans un mouvement de vague. Je me suis accroché, j'ai levé la tête, j'ai vu Vincent, et là...»

Ensuite, Riou a eu besoin de faire quatre passages pour que Le Cam puisse attraper le cordage qu'il lui lançait, afin de le hisser à bord de PRB, sain et sauf.

Interrogé sur la cause du naufrage, Le Cam a supposé que sa quille avait heurté un conteneur ou un autre objet dur, puisque le bulbe de quille, lourd de plusieurs tonnes, s'est décroché brutalement. C'est l'absence de ce contrepoids qui a permis à VM Matériaux de se retourner.