Le sauvetage de Le Cam raconté par Riou

VOILE Beaucoup de stress et d'émotion. Le skipper de PRB décrit en détail l'opération...

La rédaction sport

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Le skipper français de PRB, Vincent Riou, au départ du Vendée Globe, le 9 novembre 2008.
Le skipper français de PRB, Vincent Riou, au départ du Vendée Globe, le 9 novembre 2008. — C.Platiau/REUTERS

Jean Le Cam est désormais à ses côtés. Sain et sauf après plusieurs heures passées dans son bateau retourné, à attendre que quelqu’un vienne le chercher. A la vacation radio de mardi soir, Vincent Riou pouvait revenir sur ce sauvetage à haut risques. Récit des dernières 24 heures vécues par le skipper de PRB…

L’arrivée sur zone:



«Quand il s'est retourné hier (lundi) soir, j'étais au téléphone avec lui. J'ai compris qu'il se passait quelque chose de grave. J'ai passé toute la nuit à cravacher pour arriver sur zone. Toute cette journée à tourner en rond, à ne pas savoir dans quel état il était à l'intérieur, si on était dans l'urgence ou pas... L'hypothermie, ça peut détruire un homme en pas longtemps. C'était un stress énorme.



«C'est le pétrolier qui m'a guidé vers le bateau. Cela m'a permis de gagner énormément de temps. Parce que trouver un (bateau de) 60 pieds (18 mètres) retourné dans une mer avec des creux de quatre mètres, ce n’est pas facile».



Etat des lieux:



«Son bateau était partiellement rempli d'eau. L'arrière était partiellement immergé. Il a vécu dans l'étrave du bateau pendant toute l'attente, avec le petit volume d'air qui lui restait. Comme on n'arrivait pas à communiquer, on avait un peu peur qu'il sorte pendant qu'on n'était pas là. Alors, avec Armel (Le Cleac'h, autre skippeur, également sur zone), on a organisé comme un relais autour du bateau au cas où il sorte.»



Le sauvetage:



«Quand il m'a entendu arriver, il a pris son courage à deux mains, il est sorti, et voilà. Il a réussi à remonter sur sa coque, à s'accrocher à un safran. A chaque vague, il s'enfonçait sous l'eau. Je savais que je n'avais pas beaucoup de temps et pas beaucoup de chance de pouvoir l'attraper. Cela a été un moment intense de stress et d'émotion.



La première fois que je lui ai lancé le cordage, il ne l'a pas attrapé. On a réussi à se parler. Et on s'est dit: Tu lâches que si tu es amarré au cordage de PRB.Il y a eu trois approches où je n'ai pas réussi. A la quatrième, j'y suis allé un peu plus près. Quand on voit le copain qui s'enfonce dans la flotte à chaque vague, on se dit que c'est peut-être la dernière. La quatrième fois, j'y suis allé de très très près. Trop près. J'ai endommagé mon bateau. J'ai entendu un crac.»

«Il a amarré autour de lui le bout que je lui avais lancé. Et moi j'ai mis le bout sur un winch et j'ai tiré tout ce que je pouvais jusqu'à ce que j'arrive à le hisser sur mon bateau. Cela a bien duré un quart d'heure. Le moment le plus difficile pour moi. J'ai tenté le tout pour le tout parce qu'on ne sait pas combien de temps il va tenir. C'est vraiment les pires moments que j'aie vécus. Une fois que je l'ai eu à bord, plus rien n'était grave.»