David contre Goliath

DAKAR Avec sa moto de moindre cylindrée, David Frétigné est actuellement 3e du général...

M.Go.

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Le motard français David Frétigné lors de la 3e étape du Dakar 2009.
Le motard français David Frétigné lors de la 3e étape du Dakar 2009. — REUTERS/STR New
De notre envoyé spécial à Neuquén

Inconnu du grand public, «Fretos», est pourtant une des stars du bivouac. Avec sa Yamaha 450 cm3, une moto typique d'enduro, David Frétigné tient régulièrement tête aux gros cubes KTM de 690 cm3 qui règnent sans partage sur le Dakar. Cette année, après 4 étapes solides (6e, 3e,7e et 4e) où il n'a connu aucun souci, il est actuellement 3e, à 43'42" de Marc Coma, et à moins d'1 minute du dauphin, Jonah Street. «Et pourtant je peux te dire que depuis le début du Dakar le terrain ne lui a pas toujours toujours été favorable car sur les 3 premières spéciales, il fallait vraiment tirer des bouts droits (de longues lignes droites où la vitesse pure est un avantage, ndlr) et avec sa 450, il est clairement désavantagé», témoigne Stéphane Charlier, motard belge dont c'est la première participation et grand cuisinier à la ville.

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7 fois vainqueurs d'étape, 5e à Dakar en 2005 (7e en 2004 et 13e en 2006) et grand spécialiste des courses d'un jour, David Frétigné, 38 ans, n'est pas un inconscient du guidon. Au contraire. «Je n'ai pas l'expérience en rallye-raid de gars comme Despres ou Coma en navigation. J'essaye avant tout de ne pas faire de bêtises et de rentrer tous les jours entre la 5e et la 10e place, résume-t-il. Je gère ma course de mon côté. Si j'essayais de suivre les KTM avec ma petite cylindrée, je casserais.» dakar2009

Pour sa cinquième participation au Dakar (abandon en 2007), le grand blond affûté a tout changé à sa préparation. Au lieu de délaisser la moto avant le Dakar pour préserver son envie, il a roulé jusqu'au 24 décembre à raison d'1 heure par jour sur des terrains en sable du Sud-ouest «pas pour me balader mais à un rythme type enduro du Touquet». «Le garçon a du tempérament. Je me souviens d'images d'un Dakar où on le voyait se prendre des volumes (chutes, ndlr). Il était bien amoché mais il remettait ça de plus belle», témoigne Luc Pagnon, un vieux grognard qui participe à son 10e Dakar. «Oui, enfin, c'est quand même un pilote professionnel, relativise Cyril Despres, le tenant du titre toujours pas remis de ses ennuis de pneumatiques. Lui il a des pneus français.»

Le combat de Frétigné pour les 450


Lucide, coriace et talentueux, Frétigné a le profil d'un potentiel futur vainqueur du Dakar. Il balaie cette possibilité d'un revers de la main. «Avec KTM, on ne joue pas dans la même cour», répète-t-il. Approché par la marque autrichienne il y a 3 ans, Frétigné avait refusé. «Etre le porteur d'eau de Coma, ça ne m'intéressait pas. Chez KTM, ils me connaissent. Je suis quand même triple champion du monde et 5 fois champion de France d'enduro» Dans son discours pragmatique, quasiment scientifique l'ambition affleure parfois: «Si KTM me le proposait à nouveau maintenant, je suis moins sûr que je dirai non.»

Mais la réelle ambition de Frétigné est sans doute ailleurs. Depuis quelques années, il se murmure que l'organisation du Dakar pourrait réduire la puissance des motos à 450 cm3 et rendre unique cette catégorie. «Ce serait évidemment la bonne solution. Cela briserait l'hégémonie de KTM car de nombreuses marques reviendraient sur le rallye. Cette décision relancerait l'intérêt de la course», affirme Frétigné, double vainqueur de l'épreuve dans cette catégorie.