Etienne Lavigne: «Le Dakar ne peut plus se permettre une nouvelle annulation»

INTERVIEW A quelques jours du départ pour l'Argentine et le Chili, le directeur du Dakar 2009 explique comment la course a été sauvée et son impatience d'emmener les pilotes en Amérique du Sud...

Recueilli par Matthieu Goar

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Le rallye Dakar-2008 a été annulé, pour la première fois de son histoire, pour des raisons de sécurité, ont annoncé les organisateurs (Amaury Sport Organisation, ASO).
Le rallye Dakar-2008 a été annulé, pour la première fois de son histoire, pour des raisons de sécurité, ont annoncé les organisateurs (Amaury Sport Organisation, ASO). — Francisco Leong AFP

Etienne Lavigne reçoit dans son bureau flambant neuf du nouvel immeuble d’Amaury Sport Organisation à Issy-les-Moulineaux dans la proche banlieue parisienne. Installé depuis moins de deux semaines, le directeur du Dakar a déjà installé sur ses murs le parcours du Dakar 2009 en Argentine et au Chili et une carte d’Afrique avec les points rouges où des assassinats ont été commis en 2008. Il revient pour 20minutes.fr sur les raisons d’être du Dakar et sur le choix de l’Amérique du Sud.

Pourquoi avoir choisi l’Argentine et le Chili ? Dakar2009

D’abord, pour sauver notre course. Le 4 janvier 2008, le Dakar en Afrique est annulé. Il fallait aller très vite. Je réunis mon staff le soir même. On discute, quelqu’un évoque l’Argentine et le Chili. Il y a deux ans, grâce à notre expertise, nous avions été mandatés pour mené une étude pour des organisateurs de rallye en Amérique du Sud. Ça nous avait permis de découvrir ces pays et surtout de tisser des liens sur place. Dans le courant du mois de janvier, les ministres des pays concernés nous donnent leur accord. Figurez-vous que même leurs présidentes, Cristina Kirchner et Michelle Bachelet, connaissaient l’épreuve et désiraient la recevoir. Début février, nous annonçons le Dakar en Amérique du Sud.


Pourquoi ne pas avoir changé le nom de l'épreuve qui évoque irrémédiablement l’Afrique?

Le nom de la course a toujours évolué. Avant, il s’appelait le Paris-Dakar, aujourd’hui le Dakar. Le Dakar signifie l’aventure, l’inconnu, la découverte de nouveaux espaces. Finalement dans le monde du sport, le seul vrai concurrent du Dakar est le Vendée Globe où même le dernier a gagné car il est arrivé. En Amérique du Sud, on retrouve tout ce qui a fait le sel de notre rallye: l’attrait de la nouveauté, un parcours de folie beaucoup avec des dunes roses comme l’usine que vous voyez là-bas, des pistes en altitude dans la Cordillère des Andes, la chaleur qui risque d’être suffocante, des spéciales dans le sable... Ce Dakar mérite de garder le nom car il n’a pas changé la nature de l’épreuve.


Avez-vous des regrets à avoir abandonné l’Afrique, le berceau du Dakar, et pensez-vous y revenir un jour ? Dès 2010?

Le Dakar a besoin d’espaces pour s’exprimer. (Etienne Lavigne se lève et se dirige vers une carte de l’Afrique). Au fur et à mesure des années, nous n’avons plus pu aller dans toute une partie du Sahara à cause des mouvements de rébellion. Aujourd’hui, il reste une bande à l’ouest le long de la côte, mais la Mauritanie est de moins en moins sûre. Regardez cette double page du «Monde» qui traite du sujet, c’est inquiétant. Les renseignements que nous donnent l’Etat et des boîtes privées ne sont pas très optimistes. En 2010, le Dakar ne peut plus se permettre une nouvelle annulation.


Pourtant, vous venez de gagner un procès contre Hubert Auriol qui désirait organiser un rallye en Afrique (l'Africa Race). N’est-ce pas un signe de votre volonté de revenir très vite en Afrique?

L’Afrique n’appartient pas à ASO et il y a plein de courses sur ce continent. Hubert Auriol n’a juste pas respecté le droit des affaires et a dit des choses qu’il n’avait pas à dire. Pour le moment, rien n’est fixé pour l’avenir. Tout le monde est juste très concentré sur le rallye qui arrive. Je suis très fier du travail qu’ont accompli par mes équipes en un an et j’attends de voir le ressenti des concurrents en Amérique du Sud pour décider de l’avenir. C’est le plus important.


Comment avez-vous préparé la sécurité sur ce Dakar?


Les autorités chiliennes et argentines nous ont beaucoup aidés en mettant à la disposition leurs forces de l’ordre. Nous avons organisé beaucoup de réunions avec eux pour essayer de caler les choses, mais il reste bien sûr une part d’inconnu. Plus de 800 véhicules vont traverser la frontière au cœur de la Cordillère des Andes, ce n’est jamais anodin.


Tous les sports mécaniques sont touchés par la crise. Etes-vous angoissé par l’avenir du Dakar?


Oui. Nous avons pris sur nos bénéfices pour faire un Dakar au même prix en Amérique du Sud qu’en Afrique, alors qu’il nous coûte plus cher. Cette année, les inscriptions ont eu lieu en juin et la crise est arrivée en septembre. Si ça avait eu lieu dans l’ordre inverse, nous aurions eu beaucoup moins d’inscrits.

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