Vendée Globe: les dangers de la course décryptés par Alain Gautier

VENDEE GLOBE Monsieur sécurité du Vendée nous explique les nombreux dangers de la course...

Matthieu Goar

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Thierry Dubois lors de son chavirage dans les mers du Sud pendant le Vendée Globe meurtrier 1996-1997.
Thierry Dubois lors de son chavirage dans les mers du Sud pendant le Vendée Globe meurtrier 1996-1997. — SIPA

Alain Gautier a remporté le Vendée Globe en 1992. Cette année il sera consultant sécurité auprès de la direction de course. Il revient avec nous sur les principaux dangers qui menacent les marins sur le tour du monde en solitaire et sans escale.

La chute à l’eau
«Le principal danger vient évidemment du fait d’être seul à bord, rappelle d'emblée Alain Gautier. Si l’on tombe, du bateau, on a quasiment aucune chance de s’en sortir. La course dure entre 80 et 90 jours, la fatigue est permanente, les risques de chutes sont nombreux…» vendeeglobe

Les moyens de s’en sortir
Tabarly avait coutume de dire à sa façon qu’un homme qui tombait à l’eau n’avait rien à faire sur un bateau. Depuis longtemps, les marins disposent de harnais pour s’accrocher à leurs bateaux. «C’est à leur libre appréciation. Certains ne s’accrochent jamais, analyse Gautier. Ils ont aussi une télécommande de leur pilote automatique autour du cou qui leur permet de stopper la marche du bateau.» Ce moyen permet à la direction de course de remarquer que quelque chose ne va pas à bord mais n’a jamais été testé dans les conditions extrêmes du Sud où l 'espérance de vie dans l’eau n’est de toute façon que de quelques minutes.

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Les risques de collision

Troncs d’arbres, animaux marins, containers, cargos, bateaux de pêche. Les mers sont de plus en plus fréquentées et les risques de collision sont nombreux lorsque les skippers dorment. «On l’a encore vu avec Alex Thomson percuté par un bateau de pêche lors de son arrivée aux Sables d’Olonne», rappelle Gautier.

Les moyens d’éviter les collisions
Pour tout ce qui est en dessous de l’eau, les skippers n’ont aucun moyen d’éviter la collision. «A titre expérimental, le bateau Safran sera équipé d’une caméra thermique expérimentale pour visualiser les mammifères marins, explique Gautier. Pour éviter les autres bateaux. les bateaux ont tous des radars.» Encore faut-il ne pas dormir comme une masse à ce moment-là.
 

Les icebergs

Principal risque de collision, c’est le danger le plus symbolique du tour du nonde. Pendant l’été austral, l’Antarctique fond et se décharge de glaces dérivantes, les icebergs. «Il y a tendance à en avoir de plus en plus et qu’ils soient de plus en plus au nord mais tout dépend des années et de la vitesse de la débâcle», précise Gautier.
 
Les moyens de passer à côté
Comme il y a quatre ans, les skippers sont obligés de passer des portes qui les empêchent de descendre trop près du continent antarctique. «Pour la première fois cette année, nous allons également leur fournir des clichés satellites de la zone.» Problème : ces clichés ne détectent que les icebergs grands de 4 à 5 mètres si la mer est plutôt calme, ce qui est plutôt rare dans cette zone.

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Les avaries majeures

Elles peuvent être causées par des conditions météo extrêmes, par des colisions ou encore par des défaillances matérielles. C’est la plus grande peur des skippers qui veulent tous terminer la course. Chavirage de Dubois, perte du mât de Parlier, naufrage de Dinelli, aucune édition du Vendée n’a été épargnée. Le principal événement de la première édition fut d’ailleurs le sauvetage de Philippe Poupon, chaviré à l’entrée du Sud, par Loïck Peyron.

Les moyens de les résoudre
Tous les skippers ont une balise satellitaire à bord. Lorsqu’il la déclenche, la direction de course est avertie d’un problème majeur. «Tout le processus s’enclenche à terre, explique Gautier. S’il y a danger de mort, les bateaux de la course sont déroutés, puis les bateaux des marines nationales et si l’accident est assez proches des côtes, les avions et les hélicoptères décollent. C’est pour ça que les Australiens nous ont demandé à ce que le parcours ne passe pas à plus de 1200 miles de leurs aéroports.»

 
Les blessures
Sur des bateaux extrêmes toutes les blessures sont envisageables mais elles sont finalement assez rares. La blessure la plus marquante fut celle de De Broc obligé de se recoudre la langue face à un miroir au cœur de l’hiver meurtrier 1995-1996.

Les moyens de se soigner

«Ils ont tous dû passer un stage de secourisme poussé qui leur permet de savoir utiliser leur trousse à pharmacie, raconte Gautier. Le Docteur Chauve est à leur disposition 24h/24 pour les guider dans leurs soins.» vendeeglobe