Jean-Pierre De Vincenzi: «L'équipe de France a de grosses carences qui ne datent pas d'hier»

BASKET Le DTN évoque sans concession les Bleus et leurs prestations lors des matchs de qualification pour l'Euro 2009...

M. Go.

— 

Le sélectionneur de l'équipe de France de basket, Michel Gomez au milieu de ses joueurs lors de France-Belgique, en éliminatoires de l'Euro 2008, à Nancy.
Le sélectionneur de l'équipe de France de basket, Michel Gomez au milieu de ses joueurs lors de France-Belgique, en éliminatoires de l'Euro 2008, à Nancy. — J.-C.Verhaegen/AFP
En perdant face à la Turquie son dernier match de qualification pour l’Euro 2009 (78-80) à Limoges, l’équipe de France s’est singulièrement compliqué la tâche en terminant deuxième de son groupe. Pour espérer aller aux championnats d’Europe, les Bleus devront remporter un tournoi de barrage l’année prochaine. Le directeur technique national et ancien entraîneur de la sélection, Jean-Pierre De Vincenzi, s’exprime sans concession sur ce parcours chaotique.


Quelle analyse faites-vous de la campagne de qualification très moyenne de l’équipe de France de basket?
Cette campagne a une nouvelle fois mis en exergue les vieux démons du basket français. L’équipe de France a de grosses carences qui ne datent pas d’hier. Je pense à l’adresse au tir, au secteur intérieur complètement défaillant, au jeu rapide et encore, heureusement qu’on a Tony Parker à ce niveau-là… Vous pourriez faire des copier-coller d’articles d’il y a cinq ans sur l’équipe de France, vous n’auriez pas à changer une ligne. C’est dommage, car nous avons une bonne équipe de jeunes qui s’est qualifiée brillamment à l’Euro et un bon groupe féminin, mais avec les hommes, nous n’y arrivons pas. La formation est bonne, mais il n’y a pas d’éclosion d’une équipe au plus haut niveau.

Quelles conclusions en tirez-vous?

Vendredi, le jour avant le dernier match perdu face à la Turquie, nous avions déjà décidé de mettre tous les acteurs du basket français autour d’une table. J’aurais préféré l’annoncer après une victoire et une qualification, mais bon… Nous allons discuter de plusieurs choses. D’abord, nos joueurs ne jouent pas assez dans leurs clubs. Leur temps de jeu est en moyenne de 14 minutes. Avec la possibilité de faire jouer 6 étrangers dans l’équipe au lieu de 4 par le passé, les clubs français vont chercher des Américains de troisième ou quatrième zone car ils n’ont pas les moyens d’en acheter d’autres. Certains des bons joueurs français sont des remplaçants de luxe et pourtant nos résultats en Euroligue ne sont pas forcément meilleurs. Il faut aussi que nous abordions la question de la structure de gestion de l’équipe de France pour améliorer l’organisation, la communication. Et bien sûr, la question du coach sera évoquée.

Cela veut-il dire que Michel Gomez est menacé?
Ça ne veut pas forcément dire que la piste Gomez est abandonnée. La question sera abordée.

Pour lire l'interview de Michel Gomez

Qu’avez-vous pensé de l’attitude de Tony Parker en bleu?
Son comportement est irréprochable, nickel chrome. Il s’investit à fond dans son rôle de capitaine. Il prend souvent la parole et il a bien compris la répartition des rôles avec le coach. De toute façon, je pense qu’à l’avenir, cette équipe devra se construire autour de l’attelage entre Tony Parker et le coach. Toutes les grandes équipes de sport collectif français se sont construites comme ça: regardez en hand, Richardson et Costantini. Quand nous avons été vice-champion olympique à Sydney en 2000, je me suis appuyé sur Rigaudeau.

Et les autres joueurs?
L’année prochaine, nous partirons pour un nouveau cycle de 3ans. Parker a été le premier à dire avec force qu’il serait là pour les matchs de barrage qui nous permettront d’aller à l’Euro. Je veux que les autres joueurs soient eux aussi volontaires, qu’ils s’engagent à fond pour cette équipe.

Michel Gomez s’est plaint du manque de temps de préparation qu’ont les joueurs ensemble...
C’est normal que le coach fasse ce constat. Les calendriers internationaux sont surchargés. A cause de ses engagements avec Miami, Diawara est par exemple arrivé tard dans le groupe. Mais que peut-on faire contre ça? Malheureusement pas grand-chose.

Comment avez-vous vécu cette période?

Je m’étais dit que cette année allait être galère, mais qu’elle nous permettrait de sortir de l’ornière. Ça va être plus long que prévu. J’ai l’impression que tout le monde fait le même constat, mais que personne ne veut vraiment s’y mettre.