Les manifestants fantômes des Jeux olympiques

A Pékin, Caroline Dijkhuis

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Deux gardes arpentent les allées du parc Ritan, en plein cœur de Pékin, l’un des trois endroits où le gouvernement chinois avait annoncé cet été que les manifestations seraient autorisées.
Deux gardes arpentent les allées du parc Ritan, en plein cœur de Pékin, l’un des trois endroits où le gouvernement chinois avait annoncé cet été que les manifestations seraient autorisées. — C.DIJKHUIS/20 MINUTES

De notre envoyée spéciale à Pékin

Il y a trois semaines, ça avait été montré comme un grand pas en avant: les organisateurs des Jeux avaient annoncé que les manifestations, d’habitude interdites en Chine, seraient autorisées le temps des JO dans trois parcs de la ville. Finalement, la Chine suivait l’exemple de Sydney, Athènes ou Turin, qui avaient prévu des «enclos à protestations».

 

Le parc Ritan, en plein centre-ville, est un havre de paix avec ses joueurs de cartes, ses poussettes et ses vieux qui font du tai-chi. Il est aussi l’un des trois parcs concernés par la nouvelle règle, avec le parc Zizhuyuan (au nord-ouest) et le parc d’attraction Shijie (au sud). Mais la semaine dernière, pas un manifestant n’est visible. «Je n’ai vu personne protester ici», affirme un vieil homme qui habite le coin, et refuse de donner son nom. Peu étonnant quand on sait que les noms des parcs n’ont pas été rendus publics en Chine.

Des agents de sécurité en civil surveillent les parcs

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a n’empêche pas de croiser, dans les allées du parc qui compte déjà une équipe de cent personnes, des agents en civil, oreillette à l’oreille. Mais à l’accueil, à côté d’une bannière vantant les Jeux olympiques et l’harmonie sociale, on affirme ne pas être au courant de leur présence. «On n’a jamais clairement été mis au courant de la zone autorisée pour ces manifestations», explique aussi une des employées à l’entrée.

 

«Mais on sait qu’ils doivent s’inscrire préalablement auprès de la sécurité publique». La règle exige un dépôt de demande de protestation à la police au moins cinq jours en avance, et le manifestant doit donner ses coordonnées et préciser les slogans qui seront brandis.

 

Le dépôt de la demande suivi directement d’une détention

 

Ji Sizun est venu du Fujian, dans le sud-est de la Chine pour manifester «pour plus de démocratie». Lundi, il a rencontré trois journalistes européens et leur a demandé de l’accompagner à la police faire sa demande de manifestation. Ji Sizun est devenu prudent: il a perdu toute trace d’un de ses amis qui lui-même avait demandé à manifester le 5 août.

 

«Il est ressorti livide, encadré par plusieurs hommes en chemise blanche, raconte Lene Winther, journaliste pour l’agence de presse danoise, qui a assisté à la scène. Il nous a dit qu’ils l’emmenaient au bureau des protestations, qu’on ne pouvait venir et qu’il nous appellerait dès l’entretien terminé. Nous avons tenté de suivre la Buick aux vitres teintées mais notre taxi l’a perdue. Depuis, le portable de Ji Sizun est éteint.»



Il y a une semaine, la police est venue chercher chez elle Zhang Wei, une Pékinoise qui désirait manifester contre les expropriations d’un vieux quartier de la capitale. La police a expliqué à la famille qu’elle était placée en détention pour 30 jours pour «trouble à l’ordre social».

 

«Un piège»

 

En tout, ce serait donc au moins trois manifestants qui auraient été arrêtés ou auraient disparu. Une habitante de Suzhou, près de Shanghai, et un autre du Hunan, qui voulaient protester contre la corruption locale ont été renvoyés dans leurs provinces.

 

«A l’annonce des zones de manifestations, j’étais plutôt content, commente l’avocat Jiang Tianyong, de la Beijing Global Law Firm. Mais maintenant, je pense que c’est vraiment un piège. C’est illégal, ça n’aide pas à construire une «société harmonieuse» et le gouvernement chinois ne tient pas la promesse qu’il a faite au monde entier.»