FC Nantes: Les Canaris sont-ils si à la rue que ça physiquement? Cyril Moine répond

INTERVIEW Le préparateur physique, arrivé dans le staff de Vahid Halilhodzic début octobre, analyse l'état de forme du FCN, sujet qui fait débat depuis le début de la saison... 

David Phelippeau

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Vahid Halilhodzic et Cyril Moine (tout à gauche) lors de la première séance.
Vahid Halilhodzic et Cyril Moine (tout à gauche) lors de la première séance. — SEBASTIEN SALOM GOMIS / AFP
  • Depuis le licenciement de Miguel Cardoso, le débat sur la préparation physique réalisée par le Portugais et son staff fait rage.
  • Cyril Moine, nouveau préparateur physique du FCN (avec Vahid Halilhodzic), explique où en est l'équipe sur le plan physique.

Depuis l’éviction de Miguel Cardoso du banc nantais, le sujet est brûlant. Il alimente les discussions sur les réseaux sociaux et oppose ceux qui regrettent le limogeage du Portugais (et de son staff) et ceux qui étaient moins convaincus par la méthode du Lusitanien. La préparation physique d’avant-saison a-t-elle été bien réalisée ? Bien avant qu’il soit remercié, en août, Cardoso avait révélé quelques statistiques pour défendre sa préparation physique et l’état de forme de ses joueurs. Depuis son départ, les déclarations de certains joueurs (« on manquait de jus », « lors de la trêve, avec le nouveau coach, on était fatigués à chaque séance » etc.), ajoutées aux doutes émis par Vahid Halilhodzic à ce sujet, ont fait resurgir le débat.

Mardi, Cyril Moine a accepté de s’expliquer. D’ordinaire peu enclin à communiquer, le préparateur physique a été convaincu par coach Vahid de répondre positivement à notre sollicitation. « Je ne vais pas commenter ce qui a été fait avant, ça ne me regarde pas », a néanmoins répété Moine. Entretien (parfois technique).

La LFP a sorti une statistique il y a quelques jours : sur les 9 premières journées, le FC Nantes est 1er en distance de course en haute intensité (plus de 25 km/h), avec 218,3 km, soit 21 % du total couvert par ses joueurs. Cela signifie quoi ?

C’est un chiffre brut. Il faut toujours le ramener sur le temps de jeu des joueurs. Faire 200 sprints en 96 minutes et en faire 200 en 90 minutes, ce n’est pas la même chose. Pourtant, le nombre est le même, mais ne signifie pas la même chose. Ce que j’aime, c’est regarder le nombre de mètres par minute que les joueurs effectuent lors des courses à haute intensité, plutôt que d’avoir un nombre global. Aujourd’hui, l’équipe est capable de produire 1.599 mètres par minute en courses à haute intensité, dans le match contre Toulouse [samedi]. J’aimerais les amener à 1.650 m par minute. Un joueur qui parcourt 150 m par minute et un joueur qui parcourt 180 m par minute, vous comprenez bien que ce n’est pas la même chose. Ça, ça donne l’intensité du travail. Dans cette donnée-là, il y a le nombre de sprints, le nombre de courses à haute intensité, à moyenne intensité, la marche, les arrêts…

Au-delà de la distance, il y a d’autres données pour pondérer ?

Oui, comme le nombre de sprints, le nombre d’accélérations de plus de 3 secondes… Ce sont des données qui peuvent pondérer un chiffre brut. Résumer la distance seule, je me demande parfois si ce n’est pas abaisser la performance des joueurs. Faire 11,5 km en 90 minutes, vous prenez n’importe quel runner dans la rue, il peut le faire. On est à peine à 7 ou 7,5 km/h. Ce qu’il faut regarder, c’est l’intensité produite dans un match, et on va regarder plutôt les efforts à haute intensité. D’où les accélérations, les sprints, mais ramener au temps, par minute, toujours.

Sur les premiers matchs, certains joueurs semblaient avoir du mal à répéter les efforts en fin de match…

Je ne suis pas étonné parce qu’on l’a déjà observé pendant l’entraînement et qu’on sait donc qu’il y aura une baisse de régime car physiquement certains ne sont pas encore prêts à soutenir le rythme. Après, il y a une autre composante qui entre en compte, c’est la dominante tactique. Vous n’avez pas le même type d’efforts si vous jouez avec un bloc bas et que vous attendez l’adversaire, que si vous partez sur des contre-attaques rapides etc. La dominante tactique induit la dominante physique du match.

Par rapport à ce que veut Halilhodzic (courses à haute intensité pour un pressing haut etc.), les joueurs ne sont pas préparés physiquement à ça ?

Dans ce type d’effort, non pas pour le moment. Pas par rapport aux exigences de Vahid.

Le staff portugais, qui prônait la possession de balle, avait une méthode de préparation physique totalement différente ?

Oui, et ils pourraient arguer aujourd’hui que le FCN était un diesel [sous-entendu, allait monter en puissance]. Tout est respectable. Je ne dis pas aujourd’hui qu’on détient la vérité. Ils avaient leur méthode de travail, leur plan de jeu. En fonction de ce plan de jeu et de ce projet-là, ils ont mis en place quelque chose.

Quand on entend des joueurs qui regrettent manquer de jus et avoir du mal à enchaîner. Qu’est-ce que ce la signifie ?

Sur le travail qu’on avait réalisé la semaine passée, c’est-à-dire sur du travail intermittent type 30-30, 15-15 ou 10-10. Ça veut dire 30 secondes d’efforts à haute intensité et 30 secondes de récupération sur des blocs de 10-12 minutes. Du 15-15 sur des séquences de 8 minutes et le 10-10 sur des séquences de 4 minutes. J’ai pu observer, entre les efforts, pour certains joueurs, pas pour tous, qu’il y en avait beaucoup qui étaient dans le rouge, au-dessus des 190 pulsations à la minute dans le travail intermittent. Mais surtout, ils avaient une récupération post-effort inférieure à 30 pulsations sur 1 minute, ce qui est insuffisant pour un sportif de haut niveau.

Il va vous falloir du temps ?

Oui, je ne sais pas ce qui a été fait avant, ça ne me regarde pas. Mais je sais que je ne peux être un magicien. On ne va pas transformer les joueurs en 15 jours. Ça va demander des semaines de travail pour arriver au niveau que l’on souhaite atteindre. Il y a du mieux dans les fréquences cardiaques de récupération, mais très franchement, en quinze jours, on n’a pas tout révolutionné. On est juste au départ de quelque chose.