Emmanuel Petit: «On ne s'est pratiquement jamais parlé avec Zidane»

FOOTBALL Il se livre et égratigne le monde du foot dans son autobiographie...

Propos recueillis par Alexandre Pedro

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Le rachat d'Umbro par Nike et surtout le putsch tenté en vain sur l'Allemagne d'Adidas, l'été dernier, ont clairement signifié les intentions de l'Américain: premier équipementier mondial tous sports confondus, Nike court après la place de N.1 dans le foot toujours détenue par son rival allemand.
Le rachat d'Umbro par Nike et surtout le putsch tenté en vain sur l'Allemagne d'Adidas, l'été dernier, ont clairement signifié les intentions de l'Américain: premier équipementier mondial tous sports confondus, Nike court après la place de N.1 dans le foot toujours détenue par son rival allemand. — Antonio Scorza AFP/Archives

Entier, sensible parfois excessif, Emmanuel Petit n’a pas changé. A 38 ans, le champion du monde de 98 publie son autobiographie, «A fleur de peau», où il raconte sa vie de footballeur, d’homme, et règle quelques comptes.

Dans votre livre, vous n’êtes pas tendre avec le monde du football...
Avec ce bouquin, je ne vais pas me faire beaucoup d’amis. Mais ce n’est pas nouveau, depuis mes débuts en pro à 18 ans, on m’a toujours considéré comme un rebelle. Je ne suis pas réveillé à 38 ans en me disant que j’allais tout balancer. Je dis les mêmes choses depuis vingt ans.
On vous sent amer par rapport au monde du foot...
Le foot est à l’image de la société. Un système où l’argent roi dicte sa loi aux gens. Le football est dirigé par des personnes qui ont pour seule optique de faire de l’argent.
Mais vous avez aussi profité de cet argent?
Oui, mais je n’ai jamais mis un flingue sur la tête pour que l’on me paye. Si tu veux devenir joueur pro pour l’argent et bien tu te goures. On ne peut réussir que par la passion. Aujourd’hui, trop de jeunes se raccrochent à la célébrité comme à une bouée de sauvetage… Au foot, la com est devenue aussi importante que le terrain. Beckham était un bon joueur, mais il représentait trop ce foot business.

Après 98 vous avez-vous aussi accepté beaucoup de pubs...

J’ai pris l’argent de ces pubs à l’époque, mais je me suis exorcisé un an et demi plus tard en refusant des contrats colossaux. Je me suis dit que je gagnais déjà assez en club.

Il y a quand-même cette chanson avec Sophie Thalmann?

(Mort de rire…) C’est mon boulet, je l’emporterai avec moi dans la tombe.

Avec quel joueur de l’équipe de 98 êtes-vous resté en contact?
Je n’ai plus de rapports avec 80% de l’Equipe de France de 98. D’ailleurs, je ne serai pas au match anniversaire des 10 ans de la victoire. Mais je parle toujours avec Patrice Vieira, William Gallas, Robert Pires, Fabien Barthez et d’autres.

Dans votre livre, vous êtes assez froid avec Zidédine Zidane. Pourquoi
En Equipe de France, on ne s’est pratiquement jamais parlé. Je ne cherche pas à l’égratigner. Je lui reproche de ne pas prendre position sur des sujets de société. Quand les banlieues brûlaient, un mec comme Thuram a eu le courage de parler, pas Zidane. Ce que je lui reproche surtout, c’est d’être trop proche des grands patrons français.

Vous avez envie de rester dans le foot pour changer les choses?

Je ne veux plus être l’arbre qui cache la forêt. Ce livre me permet de dire merci et au revoir. Je ne veux plus me battre contre le système, c’est trop fatiguant. Dans ce milieu, il ne faut pas être considéré comme un être insensible, sinon on vous présente comme un écorché vif. De toute façon, il faut être cynique dans ce monde pour survivre.

Il vous arrive encore de suivre les matchs?

Le football reste ma passion. Je suis toujours en extase devant les grands matchs, quand on ressent la tension, l’engagement. J’ai ressenti ce frisson lors de la dernière finale de Champions League.

Comment sentez-vous les Bleus à l’approche de l’Euro?

S’ils passent cette poule de la mort, ils vont en sortir grandis. Il y a un énorme potentiel dans cette équipe avec tous ces jeunes qui arrivent. Je leur souhaite bonne chance, je ne suis pas l’ancien combattant, je ne serai pas du tout envieux de leur réussite.
Emmanuel Petit, «A fleur de peau», éditions Prolongations, 19,90 euros