Bertrand Layec: «Il faut une sécurité d’emploi pour les arbitres»

Propos recueillis par Romain Scotto

— 

L'abitre français Bertrand Layec, pendant le match Nancy - Marseille, le 16 décembre 2006, au stade Marcel Picot de Nancy.
L'abitre français Bertrand Layec, pendant le match Nancy - Marseille, le 16 décembre 2006, au stade Marcel Picot de Nancy. — FRANCK FIFE
L’arbitre international français s'explique sur le malaise rencontré cette saison par sa corporation.

Les réformes présentées jeudi par Bernard Laporte vous satisfont-elles?

On sent qu’il y a une volonté de valoriser l’arbitrage. Une licence à points, pourquoi pas. On avait évoqué cela depuis longtemps au cours de nos réunions. Responsabiliser les licenciés sur leurs actes, je trouve ça intéressant. On inclut un peu de répression dans le rapport entre arbitre et joueurs, c’est une bonne chose. Mais il ne faut pas oublier la pédagogie. Cela reste le plus important.

Désormais les arbitres devraient bénéficier d’un véritable statut, être plus professionnels. C’était l’une de vos attentes?

Il y a dix ans, l’arbitrage était à l’âge des cavernes du professionnalisme. Aujourd’hui, on a vraiment bien avancé dans le football. Mais il faut encore résoudre le problème de la précarité. Quand un arbitre signe, c’est pour une saison. Et après? Il faut surtout instaurer une sécurité d’emploi. Comme dans tous les métiers. Etre arbitre pro, cela revient à se concentrer à 100% sur cette activité. Et ne rien faire d’autre à côté. Si on arrête, on n’a plus rien. Il faut se pencher là-dessus.

Le professionnalisme, c’est l’assurance de résoudre tous les problèmes de l’arbitrage?
Evidemment non. Ce n’est pas parce qu’un arbitre est pro qu’il fait moins d’erreur. Mais ça, c’est une autre question. Personnellement, je reste convaincu que depuis sept, huit ans, l’arbitrage français progresse. On a divisé par trois ou quatre les erreurs ou pseudo erreurs d’arbitrage. Mais avec la médiatisation croissante du football, on entend un peu tout et n’importe quoi.

Le problème vient des médias alors?

Quand on entend les analyses aberrantes d’un certain nombre de journalistes et de consultants, on comprend qu’ils ne sont pas dans leur rôle. Si Monsieur X dit qu’il y a penalty sur une action et que Monsieur Y dit le contraire, ce n’est pas de l’analyse technique. C’est de l’appréciation. Cela fait partie du football et beaucoup ne le comprennent pas.

D’où vient le malaise de l’arbitrage français alors ? La France n’aura aucun représentant à l’Euro…
C’est un problème conjoncturel. Normalement, c’est Eric Poulat qui aurait dû y aller. Il était le candidat désigné. Mais on oublie souvent qu’il a pris sa retraite internationale. Si ça n’avait pas été le cas, on se poserait moins de questions. Là, on a été pris de cours pour préparer quelqu’un d’autre. Je me sens un peu concerné, puisque le soldat qui venait derrière, c’était moi.

Comment avez-vous vécu cet échec?

C’était une grosse déception. Comme pour un joueur, aller à l’Euro, c’est l’aboutissement d’une carrière pour un arbitre. La récompense d’un gros travail. Mais je sais aussi que ce genre de décision relève aussi de facteurs extérieurs à l’arbitrage, d’ordre politique. Et ça, on n’y peut rien.