Les Soviétiques en pionniers

Romain Scotto
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Les Anglais ont inventé le football, les Français ont imaginé les compétitions. Quatre ans après la création des Coupes d’Europe de clubs, sous l’impulsion des journalistes de «l’Equipe», le premier Euro naît de l’abnégation d’Henri Delaunay, ancien secrétaire général du comité français interfédéral (l’ancêtre de la FFF).

Après avoir bataillé avec la Fifa pour lancer la première Coupe du Monde, le porteur du projet lance, dès le début des années 50, l’idée d’une compétition entre nations à l’échelle européenne. Celle-ci naît en juin 1958, sous le nom de Coupe d’Europe des Nations. Mais Henri Delaunay, décédé trois ans plus tôt, n’en verra jamais l’application. Le trophée du tournoi porte aujourd’hui encore son nom.

Seulement quatre équipes en France

Après les Jeux olympiques et la Coupe du Monde, voici donc la troisième compétition permettant aux équipes nationales de s’affronter. Ce premier tournoi, organisé en France, est réduit à sa plus simple formule. Quatre équipes, deux demi-finales et une finale. L’ancêtre de l’Euro se présente sous la forme d’un mini tournoi à élimination directe. Auparavant, une phase éliminatoire réunissant seize équipes a été organisée. Mais plusieurs grandes équipes comme l’Italie, l’Angleterre ou la RFA l’ont dénigrée. L’Espagne, quant à elle, a déclaré forfait à la dernière minute. Franco refusait l’idée de voir son pays affronter des équipes du bloc communiste.

Les arabesques de Yachine


Pour les quatre équipes qualifiées – la France, la Yougoslavie, la Tchécoslovaquie et l’URSS –, il s’agit donc d’exploiter au mieux ces absences de marque. Vainqueurs des Yougoslaves en finale 2-1 au Parc des Princes devant 18.000 spectateurs, les Russes se montrent les plus opportunistes. En finale, le talent individuel d’Anatoli Ilyn et les arabesques d’un certain Lev Yachine, pas encore surnommé l’ «Araignée noire », permettent à l’URSS d’entrer dans l’histoire. Les Yougoslaves, eux, se consolent quelques mois plus tard, en remportant le tournoi olympique, à Rome.

Côté Français, le bilan de cette première édition est décevant. Les hommes du sélectionneur Albert Batteux ont certes passé sans encombre la phase qualificative, en battant la Grèce puis l’Autriche, mais la défaite 5-4 face à la Yougoslavie en demi-finale au Parc des Princes, sonne comme un échec. D’autant qu’à 28 minutes du coup de sifflet final, les Bleus menaient 4-2. Le match de classement, face à la Tchécoslovaquie (défaite 2-0 au Stade Vélodrome), conclut leur débâcle. Plus de quarante ans après, Just Fontaine revient sur ce triste souvenir.

Finale : URSS bat Yougoslavie : 2-1, a.p.
Match pour la 3e place : Tchécoslovaquie bat France : 2-0
Demi-finales : Yougoslavie bat France : 5-4 et URSS bat Tchécoslovaquie : 3-0