La terre des battus

M.GO.

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"Le vide intégral": Richard Gasquet, N.9 mondial, a ainsi résumé, sans se chercher d'excuses, son élimination par le modeste Péruvien Luis Horna (6-4, 6-1), 111e mondial et issu des qualifications, au premier tour du Masters Series sur terre battue de Rome, lundi.
"Le vide intégral": Richard Gasquet, N.9 mondial, a ainsi résumé, sans se chercher d'excuses, son élimination par le modeste Péruvien Luis Horna (6-4, 6-1), 111e mondial et issu des qualifications, au premier tour du Masters Series sur terre battue de Rome, lundi. — Filippo Monteforte AFP
Comme tous les ans, les joueurs français sont à ramasser à la pelle sur les terres battues du monde entier. Gasquet n’a jamais atteint le troisième tour en deux tournois, Monfils n’a pas passé les 1/8e de finale sur 3 compétitions, lundi à Hambourg, Mathieu a perdu au premier tour face à Kiefer. Avant ce tournoi allemand, Tsonga avait à chaque fois sombré au premier tour. Pas de chance pour Roland-Garros, la belle machine médiatique du tennis français, qui ne verra sans doute pas triompher cette année le successeur de Yannick Noah. Pour quelles raisons?

Un problème de calendrier?
Cette année, après le circuit américain et la Coupe Davis, les joueurs français n’ont eu que quelques jours pour se préparer à Monte-Carlo, le premier grand tournoi sur terre battue. Un calendrier chargé que nous avait déjà évoqué Patrice Dominguez  qui n’épargne pourtant personne sur le circuit. «Le problème est ailleurs. Avant le mois d’avril puis Roland-Garros, les pros français ne jouent jamais sur terre battue. Certains joueurs hispanophones comme Monaco, Almagro ou Moya vont disputer des tournois sur terre en Amérique du Sud entre l’Open d’Australie et le début du circuit américain. Nos joueurs seraient obligés de s’absenter deux à trois mois de chez eux pour jouer ces tournois et s’habituer à la terre. Ils préfèrent donc se consacrer à des tournois comme celui de Marseille en France sur dur», explique Paul Quentin, entraîneur physique à la fédération.

 
Un problème de jeu?
La France ne compte aucun spécialiste de terre battue. «La formation française est plutôt technique. Nos joueurs développent une panoplie assez complète qui les pousse à jouer vers l’avant. Ils sont assez bons partout et la densité des Français dans le top 100 le prouve mais ils ne sont jamais excellents sur une surface en particulier contrairement à des joueurs comme Nadal ou Nalbandian qui se sont épanouis sur une surface avant de très bien adapter leur jeu au gazon par exemple», analyse Paul Quentin.
 

Un problème d’infrastructures et de formation des jeunes?
En 1960 83% des courts de tennis français étaient en terre battue. En 2007, ce pourcentage n’était plus que de 14%. Les courts en terre battue n’ont pas forcément disparu mais les collectivités, obligées de créer des terrains à cause de la multiplication des licenciés (par 15 sur la même période), ont préféré investir dans des courts en béton, plus simple à entretenir. En Argentine, 99% des terrains découverts sont en terre, en Espagne 84%. La France n’est plus une nation de terre battue.

 Les instances, conscientes de ce problème poussent les jeunes à jouer des tournois sur terre battue (3 juniors au mois d’avril). «Mais en France, contrairement à l’Espagne, on ne peut pas jouer en extérieur une bonne partie de l’année. Nous manquons de courts en terre couvert», conclut Paul Quentin. Un centre d’entraînement fédéral avec des terrains en salle devrait voir le jour à Cannes en septembre 2009.
 
Une méforme plus générale?
Pour Richard Gasquet ou Paul-Henri Mathieu, potentiellement les deux meilleurs Français sur terre, le problème semble plus global. «Richard Gasquet semblait être dans une période de doute avant les tournois du printemps (10 victoires pour 9 défaites en 2008, ndlr). Rarement le changement de surface améliore les choses. Surtout sur terre battue où les joueurs progressent physiquement en enchaînant les matchs», s’inquiète Paul Quentin.