Frédéric Guesdon: «Le genre de course qu’il faut aimer pour la courir»

CYCLISME Le dernier vainqueur français de Paris-Roubaix confie ses impressions...

Propos recueillis par Antoine Maes
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Frédéric Guesdon (Française des Jeux) a signé un succès français inattendu, dimanche, après une très longue échappée, dans la 100e édition de la classique cycliste Paris-Tours animée de bout en bout sur les 254,5 kilomètres du parcours.
Frédéric Guesdon (Française des Jeux) a signé un succès français inattendu, dimanche, après une très longue échappée, dans la 100e édition de la classique cycliste Paris-Tours animée de bout en bout sur les 254,5 kilomètres du parcours. — Alain Jocard AFP

Dimanche, Frédéric Guesdon a terminé 1er tricolore, et 26e au général  du Tour des Flandres. Les jambes un peu lourdes, le dernier vainqueur français du Paris-Roubaix (1997) se fait masser dans une chambre de l’Holiday Inn de Gand (Belgique), lundi soir. Et sent la pression monter à quelques jours de l’Enfer du Nord, «sa course».


Comment expliquez-vous qu’aucun Français n’ait réussi à vous succéder au Vélodrome depuis 1997?


En même temps, il n’y a eu que 12 éditions depuis ma victoire, donc 12 vainqueurs, c’est peu. Et dans cette période, on est tombé sur une super génération. Il y a eu Museeuw et Van Petegem hier, Boonen et Cancellara aujourd’hui. Il faut aussi avouer que, chez les Français, il n’y a pas de spécialistes. Peut-être qu’on est moins motivés par les classiques. 


A 36 ans, il paraît que ce 106e Paris-Roubaix sera votre dernier…


Vous avez lu ça où? Soit vous avez mal lu, soit c’est une connerie qui a été écrite. J’espère bien que ce n’est pas mon dernier. Parce que, pour un mec de 36 ans, je trouve que je marche encore bien dans les classiques. La preuve, je suis encore le premier Français au Tour des Flandres. Les jeunes, ils doivent venir. Et moi, tant que je prends du plaisir dans cette course, je continue.


Est-ce qu’on peut vraiment parler de plaisir dans une course comme le Paris-Roubaix?


Quand on passe 6h30, 7h sur sa machine, ce n’est pas que du plaisir en continu. Mais il y en a, surtout quand on marche bien! Paris-Roubaix, c’est le genre de course qu’il faut aimer pour la courir.


Quand on a un directeur sportif qui s’appelle Marc Madiot, double vainqueur (1985 et 1991), on est un peu obligé de l’aimer, cette course, non?


Moi, il me laisse me préparer tranquillement. Il sait que je mise tout sur la quinzaine des classiques flamandes. Maintenant, il va plus vers les jeunes, pour leur raconter son histoire. Moi je la connais! Et je trouve qu’il se répète un peu… (rires).  


Doit-on encore vous classer parmi les favoris?


Ça ne me dérange pas. En même temps, quand je l’ai gagnée, je ne l’étais pas. En fait, je m’en fous complètement. Ce qui me fait rire, c’est que vous, les journalistes, vous ne m’appelez qu’une fois dans l’année, juste avant Paris-Roubaix. Je me dis: «Ça y est, ça commence, c’est ma semaine…» Mais c’est gentil de vous tracasser pour moi. Je préfère ça que rester assis devant ma télé sans que personne ne m’appelle jamais. 

Cette année encore, il n’y aura personne au-dessus du lot. A quel type de course doit-on s’attendre?


Ça risque d’être très ouvert. Quand les grands leaders se marquent de près, il y a de la place pour les autres. On l’a vu dans le Tour des Flandres avec la victoire de Devolder, qui a profité du fait que Boonen et Cancellara se regardent dans les yeux. Une course comme ça, ça peut me convenir, si on tient la route tactiquement et qu’on fait une belle course d’équipe. J’espère que ça se passera comme ça. Parce que je sais qu’en force pure, j’aurai du mal à passer.