Fâché tout rouge contre le PSG, le Bayern n'est-il pas le roi des donneurs de leçons?

FOOTBALL Pas hyper heureux de voir le PSG dépenser son oseille à foison, le Bayern Munich aime à jouer les ronchons...

Aymeric Le Gall

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Le président du Bayern Munich, Uli Hoeness.
Le président du Bayern Munich, Uli Hoeness. — Christof Stache AFP

Au banquet des adultes qui se disputent la plus grosse part du gâteau Ligue des champions, le PSG a fini au fil des ans par gagner le droit de s'asseoir en bout de table, tout en étant prié de ne pas trop l'ouvrir et de se contenter des miettes. Sauf que cette année, au prix d'une poussée de croissance soudaine, l'enfant est devenu ado, et comme tout ado boutonneux qui se respecte, il a une dalle de cochon. Et même si ça tire la tronche autour de lui, ce n'est pas son problème. Cette année, quoiqu'en disent les darons, le PSG compte bien faire son hippoglouton.

Le pourri gâté vs le daron

Car c’est rien de le dire que le PSG agace son voisin munichois. Et ce n’est pas nouveau. C’est bien simple, depuis que QSI a racheté le club en 2011 pour une bouchée de gaz, le Bayern Munich l’a mauvaise et ne se prive pas pour le faire savoir. A la fin de l’été 2012 déjà, alors qu’Ibra, Thiago Silva et Lavezzi déboulaient Porte d’Auteuil, Karl-Heinz Rummenigge, le président du conseil d'administration, pestait. C’est bien beau de dépenser beaucoup d’argent, mais le PSG va devoir remplir les critères du fair-play financier. (…) Il lui sera impossible de dépenser 100 millions d’euros tous les ans pendant cinq ans, car on ne peut pas dépenser plus que ce que l’on a gagné. »

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Le Neymar qui fait déborder le vase

Depuis, après s’être quand même fait taper sur les doigts par l’UEFA, le PSG a remis le couvert, et pas qu’à moitié. En recrutant tour à tour Neymar et Mbappé, Paris a fait une nouvelle démonstration de force et montré qu’on le veuille ou non qu’il allait falloir faire avec lui au grand bal des prétendants à la victoire finale en Ligue des champions. Du côté allemand, la colère est montée encore d’un cran. Mais aujourd’hui, Uli Hoeness l’a joue ironique.

« Que je sache, le PSG n’a encore rien gagné en Ligue des Champions. Depuis que le club a été racheté, il n’a même pas atteint les demi-finales, moque le président du Bayern. Il peut dépenser autant d’argent qu’il veut, cela ne signifie pas pour autant qu’il va être champion d’Europe. Lorsque j’entends Paris qui recrute des joueurs pour 150 ou 200 millions d'euros, je me marre à chaque fois. » Il se marre oui, mais jaune. 

En vérité, c’est plus en rouge écarlate que se colorent les visage des dirigeants du Bayern. Depuis que le PSG a piqué Neymar au Barça, ils ne cessent d’allumer les Parisiens et leur (hypothétique) transgression des règles du faire play financier. Et si Rummenigge se dit « ravi de cette opposition parce que c’est un match de prestige », il n’en oublie pas de rappeler que c’est aussi et surtout le « choc de deux cultures. D’un côté, un nouveau-né et nous, l’ancien club. »

C’est aussi ce que pense Valérien Ismael, l’ancien entraîneur de Wolfsburg aujourd’hui en Bavière avec sa famille : « C’est deux philosophies qui se confrontent, celle de la sagesse d’un côté et celle de la folie des grandeurs de l’autre. »

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« C’est une hypocrisie totale »

Alors, loin de nous l’idée de nous faire l’avocat du diable parisien, mais ces (trop) nombreuses sorties médiatiques posent question. Le Bayern ne serait-il pas en train de forcer un peu son rôle de donneurs de leçon ? Car on peut comprendre l’agacement du Bayern, il est légitime, mais cette posture victimiste portée à outrance laisse songeur. 

« C’est une hypocrisie bavaroise classique, explique Polo Breitner, grand expert du foot allemand et ancien consultant sur RMC. Le Bayern Munich est un grand spécialiste de cela et ça ne date pas d’hier. C’est "faites ce que je dis et pas ce que je fais". S’il y a bien un club en Allemagne qui à la fois aide les autres et en même temps veut les massacrer dès qu’ils deviennent des menaces, c’est bien le Bayern. »

Pour Raffaele Poli, directeur du CIES à Neuchâtel, il y a côté Bayern « une crainte réelle de ne plus être aussi dominant qu’il a pu l’être à une certaine période. » Mais il voit aussi un autre dessein.

Je pense que c’est également une manière de se prémunir devant leurs supporters d’un possible échec en Ligue des champions si jamais des clubs comme le PSG ou Manchester City venaient à l’emporter à l’arrivée. Ils craignent pour leurs objectifs et voir un club comme le PSG arriver ça les dérange profondément. Voilà pourquoi aujourd’hui les dirigeants du Bayern ne perdent pas une occasion de tirer sur un club comme le Paris Saint-Germain, ils ont peur d’une certaine manière d’être dépassé. »

La morale du côté du Bayern ? 

Pour sa part, Valérien Ismael se veut plus mesuré, rappelant que le Bayern « est un club qui a une expérience exceptionnelle, qui est au sommet depuis très longtemps en Europe et qui est légitimement en droit de critiquer le PSG. » « Il y a cette réflexion de se dire "on a travaillé depuis des années pour devenir ce que l’on est" et il y a des nouveaux riches qui arrivent et qui essayent d’accélérer le processus pour arriver beaucoup plus rapidement aux buts fixés », poursuit-il.

Ok, sauf que jusqu’à preuve du contraire le PSG ne fait rien d’illégal aux yeux des règles du football. Si la possession d'un club par un état souverain (aux relations parfois douteuses) mériterait un vrai débat de fond, c'est vrai, cela n’a rien d'interdit à l’heure actuelle.

Quand on aborde avec lui la question d’Uli Hoeness, condamné par la justice allemande à trois ans et demi de prison ferme pour fraude fiscale (qui n’est pas liée aux comptes du club et pour laquelle il ne purgera finalement que 21 mois), et dont les envolées anti-PSG perdent fatalement en crédibilité, Polo Breitner est sceptique. « Evidemment qu’il y a un problème de crédibilité pour Hoeness mais le fond du problème n’est pas là. Le problème, c’est que c’est le Qatar qui a acheté le PSG, ce n’est pas un état lambda. C’est un pays avec une géostratégie très spécifique... »

L’hôpital, la charité…

Le problème quand on critique le PSG, son propriétaire et la masse de thune sur laquelle il est assise, c’est qu’il faut aussi se regarder dans une glace. Quelques jours après avoir remis une couche contre Paris, on apprenait que le Bayern venait de signer un partenariat avec… l’aéroport international de Doha, propriété de Qatar Airways.

« C’est vrai que si on critique d’un côté, il faut être cohérent jusqu’au bout… », concède Valérien Ismael. « Cette histoire a fait du bruit en Allemagne, admet Breitner. Vous avec Rummeniegge ou Hoeness qui vous disent "oui mais il faut qu’on soit compétitif, c’est comme ça que ça fonctionne", et derrière ils balancent à tout va sur le Qatar et le PSG… »

Pour Raffaele Poli, ce n’est pas la seule hypocrisie des Bavarois: « Les clubs traditionnellement dominants comme le Bayern se plaignent aujourd’hui alors qu’ils ont mené le même jeu que les "nouveaux entrants" depuis des années. J’ai l’impression que ces clubs ne se sont pas forcément gênés pour développer leurs positions dominantes à l’échelle européenne, qu’ils n’ont pas beaucoup oeuvré à l’égalité entre les clubs ni à la juste redistribution des ressources à travers les instances dans lesquelles ils siègent. C’est donc un peu facile de venir s’offusquer aujourd’hui. »

D'autant que le Bayern critique la razzia parisienne sur le marché des transferts alors même que ça fait plusieurs dizaines d'années qu'il pille joyeusement son propre championnat pour se payer une équipe injouable ou presque. Finalement, dans ce concert d'hypocrisie, Mats Hummels, le défenseur central allemand présent mardi en conf' de presse au Parc, semble être l'un des rares à oser se regarder dans le miroir. «Ça m’est égal comment les équipes se composent, la Bundesliga c’est pareil dans l’autre sens, on investit plus que les autres. »

« On peut critiquer le Bayern sur ces aspects particuliers, mais ce qu’a fait Uli Hoeness pendant plus de trente ans c’est juste un truc extraordinaire, tempère Polo Breitner. Si on avait aujourd’hui des journaux comme Challenges qui faisaient un classement des clubs de football en tant qu’entreprise, et ben le Bayern Munich recevrait le trophée chaque année. » En attendant, c’est pour un tout autre trophée que les deux équipes vont se livrer un combat cette saison. L'heure du gueuleton a sonné.