Roland-Garros: Et si le grand secret du mental de Kiki Mladenovic résidait dans ses origines serbes?

TENNIS Et si le mental de guerrière de Kiki Mladenovic venait de ses origines balkaniques...

William Pereira

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Xena la guerrière
Xena la guerrière — CHRISTOPHE SAIDI/SIPA

De notre envoyé spécial à Roland-Garros,

Quel parcours pour Kristina Mladenovic ! Quoi qu’il arrive contre la tenante du titre Garbiñe Muguruza dimanche, et vu l’état dans lequel elle a commencé son Roland-Garros, la joueuse française pourra certainement se satisfaire de sa campagne parisienne. Il lui aura d’abord fallu beaucoup de courage pour vaincre Jennifer Brady (et une blessure au dos) en trois sets afin d’atteindre le deuxième tour. En 16e de finale, c’était une affaire de caractère. Menée 7-5, 4-6, 2-5, au bord du gouffre, Kiki a trouvé la force on ne sait d’où pour renverser la vapeur et envoyer Shelby Rogers aux oubliettes (8-6 dans le troisième set).

Un truc inné

Le truc c’est que les mystères, nous, on n’aime pas trop. On cherche toujours à comprendre. En conférence de presse d’après match, on a donc demandé à la miraculée tricolore comment elle faisait pour s’en tirer de la sorte, qui plus est sur des matchs à enjeux. Réponse hésitante, la voix chevrotante :

« Gérer la pression, le stress, c’est quelque chose que je n’ai jamais travaillé, c’est un tempérament, je ne sais pas, c’est un caractère, une personnalité. En match, je ressors ce que je produis au quotidien et la personne que je suis tous les jours. Je ne peux pas ressortir des remontées comme ça si dans la vie de tous les jours je suis une autre personne, que ce soit dans ma vie privée ou dans mon travail, quand je m’entraîne, quand je fais mes séances, dures, tous les jours à répétition, c’est un peu lié. »

Pour comprendre les remontées de Kristina Mladenovic, il faut donc comprendre d’où vient cet ego. Malheureusement, on n’a pas eu droit à plus d’une question pendant la conf’, et son entourage est toujours dur à cerner, donc pas d'interview non plus. 

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Alors théorisons: et si c’était son côté serbe, et plus globalement balkanique ? Les Ibrahimovic, Karabatic et Djokovic ont en commun d’avoir un énorme caractère et cette même abnégation. Prenez Zlatan, il s’est fait les croisés au printemps et il rejoue déjà au foot pieds nus dans son jardin. 

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On creuse dans cette direction et bingo! Voilà ce qu’elle disait à Konbini à propos avant le début de la compétition :

« À mon avis, il y a une grosse part due à mon éducation. J’ai des parents qui ont fait de très belles carrières et m’ont inculqué dès mon plus jeune âge le professionnalisme. Ils sont d’origine serbe et ont une culture du sport, une mentalité un peu différentes. »

Mes parents, ces champions…

Quand Kiki évoque la culture du sport qui lui a été transmise, elle ne parle pas de sport du dimanche. Dragan, le père, a été international serbe en handball, de même que la mère Dzenita au volley. Forcément, ça aide.

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« Papa me disait : "Dans les gros matches et les moments importants, ce n’est pas grave si je n’arrête pas tous les tirs [il était gardien, ndlr], mais l’important, c’est d’arrêter le penalty qu’il faut" », racontait la joueuse française dans L’Equipe en février dernier. Au tennis, on parlerait plutôt de points ou de jeux importants. Comme à 5-2 contre elle dans la dernière manche d’un troisième tour de Grand Chelem.

Stan The... Ah bah non, Kiki!
Stan The... Ah bah non, Kiki! - Dave Shopland/Shutterst/SIPA

Ça, c’est pour la notion d’hérédité sportive. Mais il manque une pièce au puzzle Mladenovic. Il faut revenir sur la carrière de handballeur de Dragan pour la trouver. Le gardien quitte la Serbie en 1991 pour rejoindre Dunkerque, où il signe pour deux ans. Dzenita laisse tomber ses études et compromet sa carrière pour le suivre en France. L’idée est d’aller au bout du contrat et de rentrer à la maison. Sauf qu’entre-temps la guerre éclate, Kiki naît et se sent bien dans son pays de naissance. Toujours dans L’Equipe :

« Dans un dessin, je lui avais expliqué que j’aimais bien mon école et mes copines. Papa a donc décidé de rester en France par rapport à nous [ses enfants, ndlr], car on était scolarisés. Et après, ils ont revu leur projet de famille car je commençais à bien jouer au tennis. Là, on est restés par rapport à moi. »

Sur le court, la numéro une française est donc en perpétuelle mission pour remercier ses parents d’être restés en France pour elle. Si elle s’arrache jusqu’au bout derrière la balle jaune, c’est qu’elle a toujours eu le sacrifice pour modèle.

« C’est là où l’histoire est belle. Je n’ai pas eu la pression de mes parents, ce n’était pas un poids sur mes épaules. Je voulais les rendre fiers, réussir et être bon. Ça m’a tiré vers le haut », explique-t-elle. Contre Garbiñe Muguruza, Kiki aura bien besoin de son mental balkanique pour rendre fier Dragan et Dzenita.