Roland-Garros: Monfils ou Gasquet, c’est qui le moins éclopé des deux?

TENNIS Les deux Français, qui s’affrontent au 3e tour, ont tous les deux vécu une préparation compliquée…

Julien Laloye

— 

Richard Gasquet et Novak Djokovic aiment aussi jouer au foot ensemble.
Richard Gasquet et Novak Djokovic aiment aussi jouer au foot ensemble. — JEAN-PIERRE MULLER / AFP

De notre envoyé spécial,

Commençons ce papier par une colle gentillette : savez-vous combien de matchs Gaël Monfils et Richard Gasquet ont gagné cette année sur terre battue ? Vous séchez ? Et bien ça va être rapide. Un seul, œuvre du Tigrounet de Sérignan face au redoutable Carlos Berlcoq à Estoril, il y a un bon mois. Le reste du temps ? Tout le monde à l’écurie, pour soigner un tendon d’Achille douloureux et une opération de l’appendicite. Opposés au 3e tour par la grâce d’un tirage au sort pas trop méchant jusque-là, les deux potes vont livrer un combat d’infirmes. On essaie de trouver celui qui tiendra debout le dernier.

Ce que les intéressés en pensent

Avant de laisser parler Richard, un petit peu de contexte pour les non initiés : le Biterrois ne fait pas partie de ces gars qui se jettent des fleurs. Même quand ça va, il faut le lui arracher à la pince coupante. Bref, voilà ce que disait Gasquet de son état après sa victoire face à Estrella-Burgos : « J’étais beaucoup mieux avant que je me blesse mais c’est la première fois que je peux jouer à 100 % sans douleur depuis l’appendicite en mars ». Optimisme modéré, donc. On continue de creuser sur sa récupération entre les matchs (il avait eu trois jours de repos entre les deux premiers tours) : « Je me suis bien soigné, je n’ai pas joué, je me suis reposé, j’ai fait un peu de physique, très peu ». OK, donc Gasquet était à genoux après deux heures de tennis. Noté.

Passons à l’autre loustic, lui aussi expéditif depuis l’entame : « Je joue beaucoup mieux, cela m’a fait vraiment plaisir de me sentir fort des deux côtés. Je ne dirais pas que c’est un déclic, mais j’ai de meilleures sensations jour après jour. Mon prochain match va être important parce que ce que j’aime bien en Grand Chelem, c’est de monter en puissance ». Un gars content d’être déjà là versus un autre qui voit plus loin, on est bien d’accord ?

Ce qu’un préparateur physique qui les connaît bien en pense

Paul Quétin, désormais attelé au cas Corentin Moutet, un jeune espoir à polir, s’est longtemps chargé de construire une caisse physique à Richard Gasquet. Il a été plutôt rassuré par ce qu’il a vu : « Il faut un point d’équilibre entre la fraîcheur et le travail de fond pour être capable de livrer un match dur. Avec son expérience, Richard a pu se servir de ses deux premiers matchs comme de bons entraînements, et je pense qu’il est prêt à un combat ». Voilà pour la face A. La face B ? « Mais est-ce qu’il sera prêt au bout de trois heures de jeu, comme il a pu l’être par le passé, c’est moins sûr, on peut avoir quelques doutes ».

>> A lire aussi: Tournoi de Bercy: «Ce n'est pas à trente ans que je vais faire des footings», quand Richard Gasquet parle de son physique

On passe au cas Monfils : « Lui aussi a très peu joué avant de venir ici, on ne sait pas non plus ce qu’il peut donner sur cinq manches. Mais s’il arrive à embarquer Richard sur une filière longue, avec beaucoup d’échanges exigeants, il aura peut-être l’avantage ». Tout pareil que nous. Sauf que le préparateur physique de la FFT introduit une petite nuance : « Je pense que c’est un match qui se jouera plus sur la volonté que sur le physique. Celui qui aura le plus envie, gagnera ».

Ce que leurs coachs en pensent

On a croisé Tillstrom au milieu de la smala Monfils. Le coach suédois de « La Monf’» était drôlement bien luné : « C’est important pour Gaël, à ce moment-là de la saison, de voir que tous les coups sont revenus pour gagner. Les fondations sont à nouveau là, il peut s’appuyer sur son jeu de défense et accélérer quand il le faut ». Traduisons-le : amenez-moi Nadal là on le plie au bras de fer.

On n’est pas obligés de le croire non plus, ou alors il faut faire la même chose avec Sergi Bruguera, presque énervant de bien-pensance. On avait pourtant tenté l’accélération dès le premier lacet de l’Alpe, quelque chose dans ce style : « Bon, Sergi, est-ce qu’on va avoir droit au même 3e tour qu’à l’US Open 2014, quand un Richard un peu court physiquement s’était fait écrabouiller en trois manches ? » Réponse de l’Ibère : « On n’est pas du tout dans le même cas de figure. Richard a été excellent dans ses deux premiers tours, mettre 6-0, 6-1 à son adversaire pour commencer c’est jamais facile, j’ai confiance en lui ».

Ce que nous on en pense

On connaît bien les deux acolytes, et notre religion est toute faite. Monfils en trois sets secs, dont les deux derniers en roue libre après que Richard ait donné tout ce qu’il avait en magasin pour perdre la première manche au tie-break. Le Biterrois a déjà été capable de batailles poignantes à Paris, mais il se cogne toujours à un double dilemme : d’un côté, il a besoin de jouer beaucoup pour se faire une caisse, de l’autre, il n’a pas la caisse pour jouer beaucoup. On se quitte sur la dernière réponse de Gasquet l’autre soir : « Ce que j’envie chez lui ? Sa taille, si j’avais pu faire 10 cm de plus… ». Et Si le nez de Cléopâtre eut été plus court, on parlerait égyptien mon petit Richard.