Philippe Séguin: «En France, on n'a pas avancé depuis la Coupe du monde 1998»

FOOTBALL Le président de la commission «Grands stades Euro 2016» chargée d'évaluer les besoins en vue d'une candidature française…

Recueilli par Gil Baudu

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Philippe Séguin, président de la Cour des comptes et de la commission «Grand stade Euro 2016».
Philippe Séguin, président de la Cour des comptes et de la commission «Grand stade Euro 2016». — SERGE POUZET / 20 MINUTES

Paris, rue de Cambon. Au n°13, l'immeuble à des allures de palais. C'est le fief de la Cour des comptes, présidée par Philippe Séguin. Costume gris anthracite, cravate rose, barbe mal rasée, l'ancien président de l'Assemblée nationale reçoit dans son bureau, au premier étage. Dans cette pièce à l'ambiance bourgeoise, des photos et des livres en pagaille, des mégots écrasés dans un cendrier et une tasse de café vide.

Il y a quelques semaines, l'ex-ministre a été sollicité par Bernard Laporte. Le nouveau secrétaire d'Etat aux Sports lui a demandé de présider une commission chargée d'évaluer les besoins en matière de stades dans l'Hexagone. La candidature française pour l'Euro 2016 est à ce prix. «D'ici à la fin du mois de janvier», ce groupe de dix-neuf membres (1) se réunira pour la première fois «à raison d'une fois par semaine» et «rendra ses conclusions l'été prochain».

Pourquoi avoir accepté de présider cette commission?
J'ai accepté très vite. D'abord parce que traditionnellement, la Cour des Comptes met à disposition des magistrats qui travaillent pour le gouvernement. Ensuite parce que le milieu du football ne m'est pas étranger. En 1972, j'avais déjà été chargé de remettre un rapport sur le football au ministre des Sports de l'époque, Joseph Comiti. Cela avait abouti à la charte du football professionnel, en vigueur aujourd'hui.

Quel sera le rôle de la commission?
A court terme, il s'agit de vérifier la faisabilité d'une candidature française pour l'Euro 2016. Pour cela, on doit procéder à un état des lieux des stades dans l'Hexagone. Mais il y a encore beaucoup d'inconnues. On ne sait pas encore combien d'équipes participeront à l'Euro dans huit ans (on parle de 24 équipes au lieu de 16). On ne sait pas non plus quelles seront les normes en matière d'éclairage, d'accessibilité et de capacités d'accueil des sites. Tout cela conditionnera notre réflexion. A long terme, on doit profiter de cette occasion pour revoir le mode de financement des infrastructures sportives.

C'est-à-dire?
En France, on est resté sur une conception archaïque. Le stade est considéré comme un équipement collectif, financé par les communes et l'Etat. Le club locataire verse une redevance aux collectivités publiques. Cette vision n'est plus viable. Certains dossiers, comme à Nice ou à Lille, ont trop traîné. En France, on n'a pas beaucoup avancé depuis la Coupe du monde 1998. Il est temps de rattraper notre retard.

Vous allez donc vous inspirer de ce qui s'est fait à l'étranger?
Il est encore un peu tôt pour le dire. Mais on favorisera les financements privés ou les partenariats public-privé. Outre-manche, l'Emirates Stadium (le stade d'Arsenal) et le nouveau Wembley ont pu être construits rapidement grâce à des financements privés. Cela a permis à l'Angleterre de moderniser considérablement leurs enceintes. Que ce soit en Angleterre, en Espagne ou en Allemagne, les stades sont devenus de vrais lieux de vies, avec des commerces, des restaurants, des cinémas. Il est probable que nous irons vers cela.

Est-ce envisageable de faire coexister un club de foot et de rugby dans un même stade?
Ça me paraît compliqué, dans la mesure où dans certaines régions, on est encore à se demander si on peut faire cohabiter l'athlétisme et le foot! Les lanceurs de javelot ou de marteau par exemple contribuent, aux yeux des footballeurs, à détériorer la pelouse. Le problème est le même avec le rugby.

Mais si dans chaque ville, on construit un stade par discipline, cela deviendra difficile de le rentabiliser?
C'est sûr que si on prend l'exemple du LOU, à Lyon, je ne vois pas comment le club de rugby pourra remplir Gerland et ses plus de 40.000 places. Or, un stade qui n'est pas rempli, on a tendance à le laisser se détériorer.

En novembre, Le Mans a inauguré le «naming». Est-ce une source de financement que l'on verra se développer en France?
Rien n'est exclu. Le but de cette commission est de tout remettre à plat. Nous n'écartons aucune hypothèse.

(1) Les dix-neufs membres de la commission sont: Philippe Séguin (président), Jean-Michel Aulas, Serge Blanco, Christophe Bouchet, Patrick Braouezec, Philippe Cochet, Guy Cotret, Denys De Béchillon, Francis Decourrière, Michel Desbordes, Lionel Dreksler, Max Guazzini, Jacques Lambert, Dominique Laurent, Gervais Martel, Emmanuel Rosenfeld, René Sève, Pascal Simonin et Frédéric Thiriez.