Timing, format, Emery... Pourquoi Hatem Ben Arfa s'est tiré une balle dans le pied avec sa vidéo

FOOTBALL Hatem Ben Arfa a défrayé la chronique en s'exprimant « sans filtre »...

W.P.

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Hatem Ben Arfa
Hatem Ben Arfa — Facebook

Celle-là, on ne l’avait vraiment pas vue venir. Certes, Hatem Ben Arfa avait prévenu son monde sur Instagram sur la diffusion d’une interview « sans filtres » (paradoxal, n’est-ce pas). Certes, le « trailer » donnait déjà une indication de la tonalité de la chose, mais on s’attendait à tout sauf à « ça ».

Pour ceux qui ont la flemme de regarder la vidéo, on vous fait un petit résumé de la chose.

  • Ben Arfa commence en disant qu’il ne se doutait pas que ce serait aussi compliqué même s’il s’attendait à ce que ce soit assez dur au PSG.
  • Il dit aussi qu’il se régale à l’entraînement car il a « la chance de jouer avec de très bons joueurs, style Verratti »
  • Il enchaîne en expliquant qu’il ne revendique rien « ni un temps de jeu, ni un poste précis », mais qu’il veut simplement qu’on lui donne sa chance. »
  • Hatem hausse ensuite un peu le ton : « Aujourd’hui, je n’accepte pas ma situation. C’est normal, car ça serait bizarre et grave d’accepter ça. »
  • Et il termine par un « je vais essayer de continuer à forcer mon destin » jusqu’à la fin de la saison.

Bref, sur le plan de la communication, cette intervention n’est pas bien loin d’être désastreuse, et risque carrément de nuire à la fin de saison du joueur. En se plaignant de la sorte de son temps de jeu, Hatem Ben Arfa a tout faux, et on vous explique pourquoi.

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  • La forme : Entre une émission de Stéphane Plaza et un spot pour le Téléthon

Qu’on se le dise. Au retour des cadres du vestiaire parisien à la fin de la trêve internationale, le milieu offensif français risque de prendre très cher. Déjà parce qu’à la base, il ne s’entendait pas forcément très bien avec une bonne partie du vestiaire (d’après la biographie d’Emery, de Romain Molina, certains joueurs le rejetaient notamment à cause de son individualisme balle au pied). Ensuite, parce que la vidéo est de mauvais goût.

Entre les plans de face dignes d’une émission de Stéphane Plaza, le cadre en mode « poète torturé au bord de la rivière », les regards dans le vide, et la pseudo-dramaturgie d’un contexte pourtant banale dans la vie d’un footballeur, on ne sait même pas par où commencer. Le manque de professionnalisme à ce niveau est plutôt effrayant, et on ne comprend pas comment l’entourage du joueur a pu penser que c’était une bonne idée.

  • Le moment : Juste avant une finale contre la meilleure équipe française du moment

Le PSG n’avait pas besoin de cette polémique. La claque du Camp Nou, les rumeurs de transferts concernant Marco Verratti et le ménage annoncé d’Unai Emery à l’intersaison avaient déjà fortement secoué le navire parisien. « Fluctuat nec mergitur », certes. Mais la polémique Ben Arfa fait, pour rester dans la métaphore marine, office de vague scélérate dont tout le monde se serait bien passé à Paris. Surtout à une semaine d’une finale de Coupe de la Ligue de la plus haute importance. Bref, pas sûr que perturber l’équilibre du groupe avant une échéance majeure soit le meilleur moyen d’obtenir gain de cause.

  • Le fond : Ben Arfa n’a pas eu sa chance ? Ce n’est pas forcément vrai

« Si on me donne ma chance, et je ne suis pas bon, je partirai de moi-même. Je comprendrai », a aussi déclaré le milieu offensif du PSG. Fake news. Enfin seulement à moitié. Il est évident qu’HBA n’a pas bénéficié d’un temps de jeu incroyable. Mais, contrairement à ce qu’il veut bien nous faire croire, il a eu sa chance.

L’international français a été titularisé neuf fois cette saison dont cinq en championnat et une en Ligue des champions. Au total, il a disputé 31 matchs pour 33 minutes de jeu en moyenne. Une demi-heure, c’est largement suffisant pour se montrer sur un terrain de foot. Demandez à Javier Pastore ce qu’il en pense. Sauf que Ben Arfa a rarement été éblouissant. Surtout, il n’a jamais donné la sensation de chercher à corriger son jeu sans ballon. Et quand on ne court pas avec Emery, bah, on ne joue pas.

  • L’erreur : vouloir mettre la pression sur Emery par le biais des médias

Ça n’a jamais marché. Même quand l’entraîneur basque était un débutant et que sa légitimité en tant qu’entraîneur était toute relative, il ne s’est jamais laissé faire quand un joueur le blâmait plus ou moins directement à travers la presse. A 35 ans, pour sa première année à Alméria, son équipe réalise un début de saison compliqué. A tel point que le défenseur Bruno Saltor se paye la méthode Emery.

« Soit nous changeons notre manière de jouer, soit nous n’irons pas de l’avant au classement. »

Résultat des courses, le joueur est convoqué dans le bureau du coach, qui lui montre un journal avec ses propos en Une. Réponse d’Emery : « ce qu’il faut changer, c’est toi. Soit tu changes ta manière d’être, soit tu ne seras pas dans cette équipe »*

Autrement dit, il y a vraiment très peu de chances de voir l’entraîneur du Paris Saint-Germain céder aux exigences de l’ancien de l’OGC Nice.

Conclusion : Hatem Ben Arfa s’est tiré une balle dans le pied avec cette vidéo.

*Extrait de la biographie d’Unai Emery, El Maestro, de Romain Molina