Présidentielle: François Fillon, un candidat qui aurait préféré être pilote de course

FOOTBALL Le vainqueur de la primaire à droite est un grand fan des 24h du Mans et du sport automobile…

Julien Laloye

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François Fillon lors des 24h du Mans classic en 2004.
François Fillon lors des 24h du Mans classic en 2004. — CHAMUSSY/SIPA

Ce n’est pas le genre de la maison de s’avancer impunément, mais sur le coup, on est assez sûrs de nous. Dimanche après-midi, François Fillon a imaginé le discours de sa victoire devant la télé, le son tout bas, en suivant d’un œil attentif le dénouement du championnat du monde de F1 entre Rosberg et Hamilton. « Je n’ai pas voulu le déranger, mais le connaissant, il a dû trouver un moment pour s’isoler et regarder la fin », sourit Pierre, son frère, le mieux placé pour parler de la passion de l’aîné. Enfin l’autre passion, juste après la politique : le sport automobile. Quand on y vient, le candidat de la droite à la présidentielle, parfois critiqué pour sa figure austère et son sérieux exagéré, est capable de toutes les folies.

Henri Pescarolo et François Fillon, le 25 juillet 2004 sur le circuit de la Sarthe.
Henri Pescarolo et François Fillon, le 25 juillet 2004 sur le circuit de la Sarthe. - CHAMUSSY/SIPA

Un exemple ? Prendre une demi-journée de son temps pour le simple plaisir de causer voitures sur le plateau de Top Gear, l’an passé. « L’invité le plus facile qu’on ait eu à caler, se souvient Gery Leymergie, le producteur de l’émission, dont la saison 3 doit être annoncée mardi. On y est allé sans espoir, et il nous a répondu "OK" dans la journée, quand beaucoup nous ont fait attendre des jours. Jusqu’au bout, on a pensé qu’il décommanderait. Il faut quand même faire la route jusqu’à Troyes, ce n’est pas rien. Eh bien, il est venu avec sa combinaison, son casque et ses gants. C’est le seul à qui on n’a pas eu besoin de prêter de matériel. » 

Le bonheur n’est pas feint. Fillon, pas radin en anecdotes, s’éclate à répondre aux questions de Philippe Lellouche, et il n’est pas peu fier de lui quand le comédien lui dévoile son chrono (très) honorable lors du tour de circuit imposé en voiture citadine pour clore l’émission.

L’ancien Premier ministre n’a pas eu beaucoup le choix non plus. Quand on grandit à moins de 20 kilomètres du circuit des 24h et qu’un grand-père fou de vitesse vous amène voir la course sur ses épaules avant même d’apprendre à marcher, il faut être drôlement insensible aux propositions ludiques de l’existence pour résister à l’envie de piloter un jour.

« Tous les ans, on donnait un coup de main à l’organisation en tant que scouts, et on avait un accès privilégié aux 24h, raconte Pierre Fillon. On traînait dans les stands, où on croisait tous nos champions. Ce sont des souvenirs exceptionnels. » Le plus fort ? Peut-être une apparition en tant que figurant dans le film mythique de Steve Mc Queen, Le Mans. Plus âgé, François se laisse volontiers entraîner à quelques stages de pilotage, où il se révèle moins doué que son frère, à son grand désespoir.

Henri Pescarolo, recordman des participations aux 24h du Mans et proche de la famille, est moins catégorique. Il a fait équipe avec le Sarthois lors de l’épreuve classic (on court avec des voitures d’époque sur un laps de temps réduit), et garde le souvenir d’un pilote intelligent qui ne faisait pas de manières. « Il me demandait conseil sur les rapports de vitesse à choisir dans les virages, sur les trajectoires à suivre, comme dans un rapport de maître à élève. » Encore engagé cette année avec son frère sur une Lotus, François Fillon a toujours refusé de transiger avec sa deuxième passion, le sourcil plus méphistophélique que jamais quand on lui conseillait lors de son arrivée à Matignon « d’arrêter avec ça », comme il l’explique dans une interview accordée à Sport Auto.

Pescarolo confirme : « Quand il est devenu Premier ministre, il est arrivé sur le circuit avec tout un aréopage d’élus, d’invités, de gardes du corps, pour encourager toutes les équipes engagées. Une poignée de mains, et c’est tout. Puis au milieu de la nuit, alors que la course battait son plein, on est venu me chercher pour me dire qu’un père de famille souhaiterait assister à la course depuis mon stand. C’était François Fillon, seul, avec son fils. Ils sont restés trois heures à regarder, sans nous déranger. »

Pendant la campagne de la primaire, Fillon a rarement usé la métaphore automobile pour commenter sa situation, jusqu’à dimanche dernier, pour comparer sa folle remontée à celle de Jacky Ickx, parti dernier des 24h en 1969 avant de l’emporter le dimanche après-midi. Une capacité de réaction dans la difficulté qui fait écho au caractère résilient du député de Paris, longtemps décroché dans les sondages.

« Je pense que ses qualités de pilotes ont pu l’aider à traverser ces moments compliqués, se risque Pierre Fillon. Pour prendre le départ dans une voiture de course, il faut être rapide, appliqué, méthodique, avoir du courage aussi. Et puis on roule à deux ou trois au Mans. Cela veut dire qu’il faut travailler en équipe, veiller à ne pas casser l’engin pour respecter son équipier, attendre son heure, mûrir une stratégie. Ce n’est pas toujours le plus rapide qui gagne. » Ni celui qui est favori pour devenir Président à six mois de l’élection, le nouveau statut de Fillon depuis dimanche soir.

Si toutefois le présage se confirmait, celui qui n’a jamais été ministre des sports pourrait remettre sur le tapis le projet de retour d’un Grand Prix de Formule 1 en France. A Matignon, il avait pris sur lui de créer une cellule d’étude sur le sujet contre l’avis de tout son gouvernement. « Il m’avait donné toute latitude pour faire avancer le dossier, confie Gilles Dufeigneux, alors délégué interministériel aux grands événements sportifs. Il estimait, d’une part, que c’était dommageable que la nation mère du sport auto n’accueille plus de Grand Prix, et d’autre part, que cela aurait un impact économique positif sur la filière automobile française. On avait fini par trouver une solution avec le circuit du Castellet, après que François a joué le commercial auprès de tous les élus locaux, mais la victoire de Hollande en 2012 et le changement de gouvernement ont gelé le projet. »

Plus discrètement, Fillon s’était aussi activé en vain pour tenter de sauver l’écurie de son ami Henri Pescarolo, sur le fil du rasoir économique, recevant des repreneurs potentiels et des entrepreneurs locaux à l’hôtel de Matignon. Une recette qui avait très bien fonctionné au début des années 90, quand les 24h du Mans, menacés de disparition, avaient trouvé en François Fillon, alors président du conseil général, un interlocuteur prêt à tout pour conserver ce pan de patrimoine hexagonal.

« C’est une course qu’on ne laisse pas mourir comme ça, et François n’a vu que l’intérêt général », résume Pierre Fillon, désormais aux commandes de « la course la plus populaire du monde », dont la 85e édition aura lieu les 17 et 18 juin 2017… le même week-end que les élections législatives. « Je suis sûr qu’il trouvera un petit moment pour passer s’il est Président », plaisante le frangin. Sachant que le bonhomme a réussi un jour à s’arranger en douce avec les députés communistes pour provoquer une interruption de séance à l’assemblée afin de suivre le départ des 24h, cela ne fait guère de doutes.