Glasgow y a cru, et puis Panucci…

FOOTBALL Reportage dans une ville qui respire le foot. Un peu trop…

Pierre Koetschet

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Le conservatisme de McLeish, qui n'avait aligné qu'un attaquant, James McFadden, semblait s'avérer perdant.
Le conservatisme de McLeish, qui n'avait aligné qu'un attaquant, James McFadden, semblait s'avérer perdant. — Andrew Yates AFP

Faute d'entrer dans le stade, un membre de la rédaction a traîné ses guêtres dans les pubs d'une ville qui respire le foot...


Sean Maloney n’a pas de dent et un jogging, il traîne dans un fish and chip des puces de Glasgow, en plein East End, le quartier du Celtic, le club catholique de la ville. «Vous venez pour le match? De mon temps, l’Ecosse jouait mieux. C’est pas du vrai football.» Sean a beau sucrer les fraises et s’arsouiller à la soupe de lentilles arrosée de lait, on comprend le sens général. L’équipe nationale, c’est moche.

Retour dans le quartier de la gare. La Tartan Army, les supporters écossais, ont débarqué de leur campagne. En kilt, évidemment. L’heure du match approche, il commence à pleuvoir. Les hommes en kilt ont l’habitude. Ils squattent le devant des pubs, législation anti-tabac oblige. A l’intérieur, on carbure à la Tennent’s. Allison a dix-huit ans et les dents tellement en avant qu’elle n'arrive pas à fermer la bouche. Le charme sauvage des highlands. Elle se contorsionne pour enlever son tee-shirt sous son maillot de l’équipe nationale. Trop chaud. Prochaine étape, le soutien-gorge.

Marché noir

Elle chante «We’re coming down the RRRoad» avec les autres. Et «Flowers of Scotland», l’hymne nationale, qui relate la fessée monumentale des Ecossais aux Anglais lors de la bataille de Bannockburn. Fucking English. Ca fait jamais de mal.

Au marché noir, le billet s’envole. Aucun chance de rentrer dans le stade. Repli sur Partick, le QG des Rangers, le club protestant, grand rival du Celtic. Direction, le Rosevale, où les Blues sont rois, et où les Fenians (salauds de catholiques) ont intérêt à surveiller leurs arrières. Les supporters des Rangers, surnommés les Huns par ceux du Celtic, manquent de tolérance mais pas d’humour. Donadoni apparaît à l’écran: «Une belle tête de chômeur». Le sélectionneur italien joue sa tête sur ce match.


Hors-jeu imaginaire

Toni cueille les Ecossais à froid. La poisse. Les Blues foncés essaient de construire. Le Rosevale gronde. «Il y a trop de passes vers l’arrière». Et après on s’étonne que le foot britannique soit trop direct. 31e minute, Di Natale plante un deuxième, mais l’arbitre refuse pour un hors-jeu imaginaire. «Il mérite une augmentation.»

Et puis soudain l’espoir revient. Barry Ferguson tacle et marque. Le capitaine de l’équipe nationale et des Rangers déclenche l’hystérie du Rosevale. Pus de retenue, c’est tout pour la gagne. Dans le pub aussi, les fuck pleuvent. Le Rangers Hutton déborde. «Come on fuckin’ blue.» L’arbitre siffle faute. «You fuckin' Celtic, fenian». Kenny Miller rentre. Notre voisine confie: «Mon mari est content, il est plutôt fan du Celtic, mais il n’ose pas applaudir, alors je le chambre.» Les charmes de la vie conjugale devant un match.

Epilogue aux latrines

McFadden mange la feuille et Panucci qualifie la France et l’Italie. Comme dans tout bon match, l’épilogue se passe aux latrines, et en v.o.: «Fuckin’ Italian fenians, catholic motherfuckers, fuck, fuck, fuck.» Tout le monde rigole.

Sean Maloney n’a pas de dents, mais il a bien raison. «Le vrai foot, c’est le Celtic contre les Rangers.» Les Ecossais vont devoir s’en contenter. L’Euro, ce sera sans eux.

Et pour retrouver le live, et un reportage d'avant-match, c'est ici.