JO 2016: Si tu claques la médaille en VTT Peter Sagan, t’es vraiment un dieu vivant

VTT Le champion du monde sur route vient affronter les patrons du VTT aux JO…

B.V.

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Peter Sagan à l'entraînement, à Rio
Peter Sagan à l'entraînement, à Rio — Cerveny Michal/AP/SIPA

Ca va bientôt faire huit ans qu’on n’a pas vu sa touffe blonde valdinguer sur un parcours de VTT. A l’époque, Peter Sagan est devenu champion du monde junior de cross-country et aurait parfaitement pu embrasser une carrière à la Julien Absalon dans la discipline. Sauf que la route l’a appelé et qu’il en est devenu le meilleur. Trop peut-être d’ailleurs. Champion du monde en titre, vainqueur du Tour des Flandres et de son quatrième maillot vert sur le Tour de France en juillet dernier, le Slovaque a senti à 26 ans le besoin de se faire un petit kif en s’alignant sur la course de VTT des JO, dimanche. Avec à peine un mois de préparation dans les jambes.

« Je ne sais absolument pas à quoi m’attendre, l’effort entre la route et la VTT n’a rien de comparable », rigolait-il mercredi lors d’une conférence de presse à Rio. Tu m’étonnes : même s’il est considéré comme l’un des coureurs les plus divertissants, habiles et casse-cou du peloton grâce à sa formation en cyclo-cross et VTT, il débarque totalement au milieu des patrons du « mountain bike ». Et pourtant, « s’il y en a bien un à l’heure actuelle qui peut le tenter, c’est lui », rigole le Français Maxime Marotte, qui visera un podium dimanche.

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Bref, vous l’aurez compris : la présence de Peter Sagan sur le circuit du Parc Radical à Rio est à la fois une curiosité et une interrogation. Peut-il vraiment faire autre chose que le spectacle ? « Ca sera quand même compliqué pour lui en si peu de temps, tranche celui qui visera un troisième titre olympique, Julien Absalon. Ca lui fait plaisir de participer aux jeux et de revenir à sa première discipline. Mais je ne le place pas parmi les favoris ni les prétendants à une médaille. »

« Il se défend au pilotage »

Absalon est bien placé pour en parler, puisqu’il s’est entraîné avec « Peto » ces derniers jours. Bilan ? « Il se défend au pilotage mais c’est quand même un peu court. On voit qu’il aime ça mais il manque de fluidité ». Son entraîneur Yvon Vauchez est un poil plus prudent. « En deux jours d’entraînement je l’ai vu progresser techniquement, note-t-il. Après la technique est une chose… Le VTT est différent de la route, avec beaucoup plus d’explosivité, un seuil d’effort qui se situe plus haut dans le maintien des fréquences cardiaques. Mais il ne faut pas oublier que Sagan a eu le profil de VTTiste de haut niveau, il en a gardé les atouts, les schémas techniques, le moteur et le physique. Je le crois capable de faire un Top 10 ».

Ne jamais oublier que Sagan a deux qualités essentielles au vélo, et encore plus en VTT 1) une puissance de bœuf 2) il n’en a rien à foutre de rien. Quand il faut descendre un bloc de rochers la tête la première, ça peut être utile de n’avoir peur de rien ni de personne. Cf sa descente de la Rochette sur le Tour 2015.

« La classe, c’est la classe. Le champion, c’est le champion, rigole son ancien directeur sportif chez Cannondale Roberto Amadio. Il a le VTT dans le sang, il aime l’adrénaline. Il le prend tout le temps quand il fait des stages en altitude. Une fois, on avait fait un duel avec le champion italien Fontana. A la deuxième descente, il était mieux que lui. »

Sagan avait d’ailleurs terminé ce match en concluant que « ce vélo est putain de génial ». Pas vraiment étonnant de le voir remonter dessus en compétition quelques années après. « Pour lui, c’est une motivation exceptionnelle, ajoute Amadio. Il le fait pour lui. Sans pression. Pour se mettre de nouveaux objectifs, pour voir ce qu’il y a entre lui-même et le vélo. Si son résultat n’est pas bon, il aura fait un truc sympa. S’il est bien classé, ce sera phénoménal. »

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Et on ne va pas se mentir, ça pourrait en vexer certains. « Ça nous toucherait peut-être un peu dans notre orgueil quand même », se marre Maxime Marotte. Yvon Vauchez enchaîne : « Je serai déçu et vexé que certains acteurs de la discipline au quotidien soient battus par un athlète qui fait une pige de quelques semaines. Mais c’est un champion, il faut le respecter et le surveiller ». Nous on le fera, au moins pour le plaisir.