JO 2016: Usain Bolt est immense, mais son sacre ne l'était pas

ATHLETISME Le Jamaïcain a dominé un 100 mètres assez faiblard. Ce qui ne l'empêche pas de rentrer encore un peu plus dans la légende...

B.V.
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Usain Bolt a remporté un 3e titre de champion olympique sur 100m, le 14 août 2016.
Usain Bolt a remporté un 3e titre de champion olympique sur 100m, le 14 août 2016. — David J. Phillip/AP/SIPA

De notre envoyé spécial à Rio,

Le jeu voudrait que là, maintenant, on inonde Usain Bolt de tout un tas de superlatifs. Une troisième médaille d’or sur 100 mètres, exploit jamais réalisé auparavant, ça mérite bien son lot de « légendaire », « fabuleux », « le plus grand de tous les temps »... Mais allez savoir pourquoi, ce coup-ci on ne le sent pas trop. Non pas qu’on ait quelque chose à lui reprocher, hein, mais sa conférence de presse post-victoire a confirmé un sentiment étrange. Celui que malgré toute le poids historique de la soirée, il ne s’est pas passé grand-chose à Rio dimanche soir.

Quelques facéties, une ou deux blagues vite fait, Bolt est resté plutôt sobre devant les médias. Comme sur la piste d’ailleurs, où il admet lui que « ce n’était pas une grande course, mais que la victoire lui suffit ». Là où il s’était auto-proclamé légende à Londres en 2012, le Jamaïcain n'a lâché qu’une vraie punchline mégalo dont il a le secret, et vraiment parce qu’un confrère a insisté :

« Comment aimeriez-vous qu’on vous appelle désormais ?
- Je me souviens qu’un journaliste avait dit l’an dernier je crois que si je faisais encore le triplé à Rio, je deviendrais immortel. Je crois que l’idée me plait. »

C’est à peu près tout ce qu’on retiendra. Bolt est immense, certes, mais cette soirée au Stade olympique de Rio ne l’était pas. Enfin, si, mais plus pour le 400 mètres de dingue de Van Niekerk plutôt que pour le 100 mètres. Car en dehors de la récidive, ce titre en lui-même n’a pas une immense valeur. Très clairement, il n’y avait personne en face, la faute à un trou générationnel sur 100mètres. Gatlin a 34 ans et sa chance est passée aux Mondiaux l'an dernier, De Grasse est encore tendre, Blake à des années-lumière de ce qu’il était lors de son titre mondial. A partir du moment où il est en forme, Bolt n’a aucune vraie concurrence.

« A partir de 50m, je savais que j’allais rattraper Gatlin. »

C’est sans doute pour ça d’ailleurs que le titre mondial gagné en 2015 après une année pourrie par les blessures semblait avoir pour lui plus de saveur que son succès à Rio. A titre comparatif, avec son temps de dimanche soir (9’89), son dauphin Justin Gatlin aurait terminé 6e de la finale de Londres - loin derrière lui-même. Pas challengé, Bolt n’a pas eu à forcer et rend lui-même un temps sympa, sans plus (9’81). Ce qu’il avoue sans peine. « Je savais que si je m’exécutais et que je ne paniquais pas, ça irait. Mon départ n’a pas été bon, mais à partir de 50m, je savais que j’allais rattraper Gatlin. »


Un peu comme Phelps, Bolt nous a habitué à la victoire et l'on est plus trop sûr de la façon dont il faut y réagir. L'admiration? Sûrement. Le respect? Evidemment. La lassitude? Eventuellement. L'indifférence? Ca viendra probablement. Au final, sans doute faudra-t-il réanalyser cette victoire par le prisme de ses autres résultats, en fin de semaine. D’abord parce qu’il rêve de battre son propre record du 200mètres, jeudi soir, mais aussi parce qu’il vise au bout de ses foulées un troisième triplé en trois Jeux Olympiques avec le 4x100. « Ce serait grand, personne ne l’a fait ni même tenté, conclut-il. Avec ce 100m, c’est un bon début. » Vers l’immortalité ?