JO 2016: Yannick Agnel a « abandonné » le relais 4x200, la natation française en pleine implosion

NATATION Eliminés dès les séries, les nageurs du 4x200 ont dégommé Yannick Agnel, coupable selon eux de leur avoir fait faux bond à la dernière minute…

Bertrand Volpilhac
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Yannick Agnel en juillet lors du 200m de l'Open de France
Yannick Agnel en juillet lors du 200m de l'Open de France — THIERRY ZOCCOLAN / AFP

Il y a des chances de médailles qui s’envolent parfois dans l’anonymat d’une série matinale, au milieu d’une salle quasi vide. Et puis pour d’autres, c’est dans un grand fracas médiatique. Terrassés par leur élimination au premier tour du relais 4x200 mètres, les nageurs français (Jordan Pothain, Lorys Bourelly et Grégory Mallet) ont dégommé Yannick Agnel, coupable selon eux de les avoir abandonnés.

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Selon eux, le champion olympique de Londres, malade, aurait plusieurs fois changé d’avis dans la semaine puis à la veille de cette course sur sa capacité à prendre le départ. Avant de finalement leur annoncer qu’il ne pouvait pas, hier soir, obligeant les Bleus à faire appel au remplaçant et spécialiste du 1.500 mètres, Damien Joly. Voilà ce que ça donne dans la bouche de Jordan Pothain :

« Si on crève un peu l’abcès ? on a été abandonnés Greg Lorys et moi. Yannick n’était pas du tout dans la compét’. On a été baigné dans un tissu de mensonges. Il est peut-être malade, je ne saurai pas vous dire. Il nous a abandonnés en disant qu’il était malade il y a deux jours. Finalement il est revenu. Et finalement hier il nous redit qu’il pourra pas nager. Dans ce relais, on a été bernés. Il y a beaucoup de malhonnêteté et peu de franchise alors que nous, on est entier et qu’on a tout donné. Est-ce qu’il se ment seulement à lui-même ou aux autres aussi ? »

 

Tout ça sur fond de vieilles histoires. Souvenez-vous quand Jordan Pothain, au milieu de l’histoire du chrono mal déclenché aux championnats de France, avait laissé de bonne grâce sa place sur la course individuelle à Yannick Agnel. Forcément, aujourd’hui, une relecture de l’événement s’impose. Mais ça attendra. Pour l’instant, c’est le procès d’un coureur qui a préféré ne pas se pointer à la dernière course de sa carrière.

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« Y a rien qui va pour nous »

En pleurs au milieu de la zone mixte, Grégory Mallet réussit à peine à bredouiller quelques mots. « Il faut que les gens comprennent qu’on donne tout pour ce relais mais qu’on n’arrive pas. (Il s’effondre en larmes). Y a rien qui va pour nous. On a tellement de monde qui se donne à fond dans cette équipe… » Il ne pourra pas aller plus loin, pris par l’émotion, mais on a une petite idée de comment il allait finir sa phrase.

D’ailleurs, Lorys Bourelly le fait pour lui. « C’est clairement du gâchis. Le relais était potentiellement médaillable, mais les circonstances ont fait que voilà… On a fait ce qu’on pouvait. Un coup c’était avec Yannick, un coup sans. Au final, on a dû aider Damien Joly à se raser hier soir à une heure du matin. »

« On n’est pas des pions »

Pas vraiment idéal. « De quelqu’un du niveau d’Agnel, on attend autre chose. Mais y a rien à faire, c’est sa façon d’être. Au départ il dit qu’il peut, ensuite qu’il peut, puis il peut pas. Et ce matin il nous dit qu’il peut. (Enervé) NON ! On n’est pas des pions. On est une équipe. Jordan a nagé avec une mononucléose à Londres, il s’est battu pour la France. Lui, il a rhinopharyngite. C’est quand même pas tout à fait pareil… »

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Appelé pour éteindre l’incendie en urgence, le DTN Jacques Favre a plus fait l’autruche qu’autre chose. Voici un condensé de ses réponses.

On a vu des athlètes extrêmement touchés. Comprenez-vous pourquoi ils sont autant énervés contre Yannick Agnel ?

La situation est qu’on a d’un côté un athlète malade qu’on a protégé et de l’autre des athlètes qui viennent de sortir d’une course, sous le coup de la douleur et de la tristesse. Certains ont donné leur ressenti. C’est profond et ils ont le droit de le faire. Ces athlètes ont de la peine, Agnel aussi a de la peine. Ça va se régler entre nous. Chacun va retrouver son calme. On a un problème, on va le gérer.

Est-ce qu’Agnel était vraiment dans ses Jeux ?

Oui. Je ne me permettrais pas de parler d’un athlète comme ça. Il a joué, parfaitement joué. Pas de commentaire à faire là-dessus.

Est-ce qu’il y a le feu dans l’équipe de France de natation ?

L’ambiance est meilleure que vous ne le pensez, de mon point de vue. J’invite tout le monde au calme.

Tout repose désormais sur Manaudou pour éviter le fiasco…

On se revoit dans deux jours. Mais rien ne repose sur lui. On va avoir besoin de calme et de l’énergie positive. Qui pour lui en envoyer ? Là Jordan Pothain, il va avoir beaucoup d’énergie, et quand elle est positive elle est très bonne.