Euro 2016: Quel est le rôle exact des groupes français dans les violences de ces derniers jours?

HOOLIGANISME Plusieurs incidents ont déjà été constatés à Marseille, Nice ou encore Lyon en marge de l'Euro 2016...

V.B.

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Des heurts ont éclaté à Marseille entre supporters anglais et locaux, vendredi 10 juin 2016.
Des heurts ont éclaté à Marseille entre supporters anglais et locaux, vendredi 10 juin 2016. — Darko Bandic/AP/SIPA

On nous présente les Russes et les Anglais comme des ferrailleurs bas du front, mais qu’en est-il des Français ? Dans le concert de violences qui ponctuent l’Euro depuis le début, ces derniers ont aussi voix au chapitre et sont à l’origine de plusieurs incidents.

Ainsi, jeudi soir dans la cité phocéenne, « des jeunes Marseillais ont pris à partie certains 200 supporters anglais attroupés devant deux pubs du quai de Rive-Neuve », rapporte L’Equipe. Bilan : cinq blessés légers.

Dans les affrontements du lendemain, le quotidien sportif a noté « la présence d’au moins un groupe de Français affichant des inscriptions Pride, mouvement d’extrême-droite regroupant notamment des hooligans du Kop of Boulogne. L’un d’entre eux portait un t-shirt "Turkey not welcome". »

Des identitaires de la BSN impliqués à Nice

Samedi soir, cette fois à Nice, « ça jouait au ballon, ça chantait, ça dansait » entre supporters polonais et nord-irlandais devant le Manolan’s, raconte le patron du bar dans Nice-Matin. « C’était vraiment bon enfant. » Jusqu’à ce qu’un groupe de 25 à 30 Français ne se pointe et ouvre les hostilités. Bilan : neuf blessés. Pour le procureur de la République de Nice, Jean-Michel Prêtre, ces derniers sont « parfaitement identifiés » :  des identitaires ayant appartenu à la Brigade Sud Nice, ex-groupe de supporters locaux dissout en 2010 par le gouvernement.

Du côté de Lyon, quatre Français ont été placés en garde à vue samedi pour avoir attaqué un groupe de supporters anglais. Dimanche soir, à la veille du match Belgique-Italie au Parc OL, d’autres « supporters ultras lyonnais cherchaient à en découdre avec des Belges », indique le préfet du Rhône Michel Delpuech au micro de France Info.

Enfin, dimanche après-midi à Paris, des dizaines de hooligans, dont des anciens membres du Kop of Boulogne, présents aux abords du Parc des Princes pour attaquer les supporters turcs, ont rapidement été dispersées par les forces de l’ordre. Quelques jours plus tôt, certains d’entre eux avaient posé, toujours devant le stade, avec une banderole sans équivoque : « Euro 2016 : Les fans turcs ne sont pas les bienvenus. KoB »

« L’Euro pour retrouver le parfum de la bagarre »

Des ultras ? Des hooligans ? Dans ces cas-là, la frontière est tenue. « Ce qui est sûr, c’est que des supporters français radicaux, régulièrement interdits de déplacement par la police au cours de la saison, profitent de l’Euro pour retrouver le parfum de la bagarre », explique Nicolas Hourcade, sociologue à l’Ecole centrale de Lyon et spécialiste des supporters.

Certains commentateurs, en tout cas, ont tôt fait d’utiliser ces incidents pour justifier la répression envers les supporters, quels qu’ils soient, à l’exemple du plan Leproux instauré au PSG à partir de 2010.

Ces débordements, impliquant des supporters français en mal de castagne, étaient-ils prévisibles ? James, porte-parole de l’Adajis (Association de défense et d’assistance juridique des intérêts des supporters), pointe la responsabilité de la Direction nationale de lutte contre le hooliganisme (DNLH). Et ce pour plusieurs raisons. L’une d’elles concerne d’abord l’interdiction aux supporters de se déplacer. « Résultat : les forces de l’ordre ne savent pas gérer le flux des foules », explique-t-il. Une autre raison a trait au « refus total de dialogue » avec les supporters. « Les autorités ne se confrontent plus à leur réalité et ne savent plus repérer, de fait, les vrais fauteurs de troubles. »

Le porte-parole de l’Ajadis rappelle que les ultras, membres d’associations de loi 1905 et donc facilement identifiables, n’ont aucun intérêt à participer aux affrontements.