Pieter De Villiers : «J’ai vu dans le regard des Blacks qu’ils étaient cuits»

Propos recueillis par Gil Baudu, envoyé spécial à Cardiff

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Le pilier du Stade Français (Top 14) Pieter De Villiers, victime d'une déchirure au mollet gauche, sera absent jusqu'à la fin de la saison, a confirmé le club sur son site internet.
Le pilier du Stade Français (Top 14) Pieter De Villiers, victime d'une déchirure au mollet gauche, sera absent jusqu'à la fin de la saison, a confirmé le club sur son site internet. — Damien Meyer AFP/Archives

Aux côtés de Bernard Laporte et de Jo Maso, ce dimanche à Cardiff, Pieter De Villiers s'est remis de ses émotions après la victoire en quart de finale des Bleus. D’une voix calme et posée, le pilier français revient sur la victoire de la veille. Un succès qu’il a vu se dessiner au fil des minutes…

Avec quelques heures de recul, quels souvenirs gardez-vous de cette rencontre?
Entre la 10e et la 20e minute, ce fut un moment très difficile. Ils ont attaqué de partout avec beaucoup de dynamisme. Mais on est arrivé à surpasser notre fatigue. Au fur et à mesure, on s’est rendu compte qu’ils baissaient la tête et qu’ils étaient eux-aussi dans le rouge. C’est à ce moment-là qu’on a vraiment commencé à y croire. En deuxième mi-temps, je me suis dit que, durant la phase de poules, ils n’avaient pas eu des matchs difficiles. Qu’à partir de la 50e minute, ils n’avaient jamais eu l’occasion de souffrir et d’avoir une grosse résistance. Cela nous a motivé. On n’a rien lâché en défense, même si ce fut difficile physiquement. Personne n’a rien lâché. On était très bien préparé.

Lorsque les Néo-Zélandais ont effectué leur haka, les vingt-deux joueurs français se sont alignés face à eux en arborant les couleurs bleu-blanc-rouge…
C’est Serge (Betsen) qui a eu l’idée dans la semaine. On voulu s’approcher très près d’eux, en les respectant mais sans subir. On voulait faire quelque chose de différent, qui nous lie. On voulait se mettre bien près et s’unir pour marquer le coup. Cela restera une expérience très forte sur le plan émotionnel. Avec mon vis-à-vis (Woodcock), on ne s’est pas quitté du regard une seule seconde. Mais certains de mes coéquipiers m’ont dit que certains Blacks avaient baissé les yeux.

A quel moment avez-vous senti que c’était gagné?

Sur une touche en deuxième mi-temps, je vois dans leurs regards qu’ils n’y sont plus, qu’ils sont cuits. Et je dis aux copains: «Pour l’instant, ils n’ont pas vécu de moments difficiles mentalement». Je sentais que la victoire était pour nous. Depuis la défaite face à l’Argentine, l’équipe de France a grandi. Elle a encore grandi après cette victoire, car on a dû aller chercher au fond de nous-mêmes pour l’emporter. Mais ce n’est qu’un quart de finale. Il faut vite basculer sur le match suivant.

Selon vous, y a-t-il des similitudes avec la victoire des Bleus, en demi-finale du Mondial 1999?
Samedi, il y avait plus de bataille au pied qu’il y a huit ans. Mais dans le scénario, c’est identique. Comme en 1999, on a été dominé en début de match. Et comme en 1999, on a eu cette volonté de revenir. Alors même si le score est plus étriqué, l’état d’esprit était le même.