Deschamps et le racisme: On a relu l’interview de Benzema dans le détail

FOOTBALL Parce qu’il y dit plein d’autres choses intéressantes…

J.L.

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Karim Benzema à Nice avec l'équipe de France, en octobre 2015.
Karim Benzema à Nice avec l'équipe de France, en octobre 2015. — VALERY HACHE / AFP

« Il m’a parlé du fond du cœur, et il était très souriant, positif, même. Je ne l’ai pas du tout senti rancunier ou haineux ». C’est ainsi que Pablo Polo,auteur de la fameuse interview incandescente de Benzema, nous a résumé son sentiment après ses 25 minutes d’entretien avec le Français quelques heures après la finale de la Ligue des champions. Un entretien au cours duquel l’ancien lyonnais est beaucoup plus mesuré que l’extrait qui en est ressorti ; Sauf à propos de Mathieu Valbuena…

« Ne pas aller à l’Euro, c’est une des plus grandes déceptions de ma carrière, sans aucun doute, mais il ne faut pas être rancunier, il faut apprendre des erreurs et dans les moments compliqués comme celui-ci, réfléchir. En France, on va finir par se rendre compte qu’on a été injustes avec moi ».

Décryptage : Benzema manifeste clairement une volonté de tourner la page, et même un début de mea culpa, puisqu’il entend « apprendre de ses erreurs ». Il n’y a jamais de propos définitifs, même si le joueur du Real estime que sa non-sélection pour l’Euro n’est pas méritée.

« Ils ont inventé une règle : non-sélectionnable, OK. Mais sur le plan sportif, je ne comprends pas pourquoi, et sur le plan judiciaire, je ne suis pas encore jugé et je ne suis pas coupable. Il faudra attendre que la justice se prononce. Mais quand je serai de nouveau sélectionnable, si on me veut en sélection, aucun problème de mon côté, j’aime le foot et j’aime jouer avec l’équipe de France »

Difficile d’être plus clair. Benzema ouvre grand la porte à un retour chez les Bleus, si tant est qu’il soit innocenté par la justice et que Deschamps soit d’accord pour le convoquer de nouveau. C’est une posture plus conciliatrice qu’autre chose

« Dans cette histoire, la seule personne qui sait ce qui s’est passé, celui qui connaît la vérité, c’est Valbuena. Il a joué un rôle, il n’a pas dit la vérité, tout vient de là. J’ai voulu l’aider, rien de plus, et l’histoire s’est retournée contre moi »

A notre sens, les propos les plus tendancieux du Madrilène dans cette interview au regard du fond de l’affaire qui a privé Benzema d’Euro. Même avec huit mois de recul, le Français ne semble toujours pas saisir la gravité des faits qui lui sont reprochés. Dans son esprit, Valbuena est autant coupable que lui.

« Les Bleus peuvent aller loin à l’Euro. Ils ont une grande équipe même s’ils manquent un peu d’expérience. Mais il y a un bon groupe, avec des jeunes joueurs, qui ont de l’envie à revendre. Je suis sûr que le public poussera fort derrière eux et ça joue beaucoup. Le soutien des supporters est très important »

Même en relisant plusieurs fois, on peine à voir de la rancune ou de l’amertume dans les déclarations de Benzema, les dernières sur les Bleus dans le cheminement de l’entretien avant de repasser à des questions sur sa saison au Real. On lit une envie sincère de voir les Bleus aller loin à l’Euro, même sans lui. Cela ne retire évidemment rien aux propos polémiques qui tournent sur « la pression d’une partie raciste de la France » sur Deschamps, mais cela donne un éclairage différent sur le message que Benzema a voulu transmettre dans cette interview à Marca.