Euro 2016 : Première différence avec 98 ? Cette fois, les Bleus ont des supporters

FOOTBALL L’équipe de France suscite un enthousiasme inédit depuis le début de sa préparation…

Julien Laloye
— 
Le public des Bleus en folie à Biarritz.
Le public des Bleus en folie à Biarritz. — Bob Edme/AP/SIPA

De mémoire de suiveur, on n’avait jamais vu ça à Clairefontaine. Une grosse centaine de supporters, peut-être le double, chantant deux heures durant pour encourager les Bleus… à l’entraînement. Des « Qui ne saute pas n’est pas Français » en veux-tu en-voilà dans une ambiance de kermesse d’école primaire. C’était un peu moins maîtrisé la veille à Vincennes, où 20.000 personnes s’étaient massées à l’hippodrome dans l’espoir d’arracher un autographe à Hatem Ben Arfa, déjà large vainqueur à l’applaudimètre à Biarritz, où les Bleus avaient fessé les U19 de l’Aviron Bayonnais devant 10.000 personnes en furie, lors de la première semaine de préparation.

Il ne s’agit pas de faire la fine bouche, bien sûr, un tel engouement populaire avec les affaires et les mauvais comportements qui ont plombé l’équipe de France ces dernières années, c’est presque une surprise. On est d’ailleurs allé faire un tour auprès des Irrésistibles Français, le groupe de supporters présent à Clairefontaine, pour en savoir plus sur les ressorts de ce retour de flamme. Quelques réflexions en vrac :



  1. « On a une équipe qui fait plaisir à voir »
  2. « On est chez nous, il faut être derrière les Bleus, c’est normal »
  3. « Deschamps nous a fait aimer cette équipe à nouveau »
  4. « On veut montrer qu’en France, on n’est plus un public de footix »
  5. « On a envie de revivre ce qui s’est passé en 98 »

C’est marrant de reparler de 98. Tout le monde a en tête le bus des Bleus escorté par des centaines de supporters sur le chemin du Stade de France avant d’aller estoquer le Brésil ce fameux 12 juillet. Une image un peu trompeuse du soutien populaire autour de la cause tricolore avant le titre de champions du monde. Pour rappel :

  • Aimé Jacquet était détesté d’une partie des médias qui font l’opinion
  • Les Bleus étaient allés se préparer à l’étranger dans l’indifférence générale
  • Dugarry s’était fait siffler dès son entrée en jeu à Marseille lors du premier match, alors même qu’il jouait à l’OM
  • Une anecdote racontée dans le dernier So Foot : Fernand Duchaussoy, le président de la FF à l'époque, s’était retrouvé avec 400 places sur les bras la veille de France-Paraguay en huitièmes. Personne n’en voulait
  • Après la victoire face à la Croatie (en demies !), une partie des Bleus avaient demandé à ce qu’il y ait moins de costume-cravates en tribunes et plus de supporters.

Ces quelques éléments pour rappeler une évidence. En 98, avec une équipe qui sortait pourtant d’une demi-finale à l’Euro précédent, il avait fallu attendre les tout derniers jours pour voir le pays s’embraser. Dix-huit ans plus tard, on peut dire sans trop s’avancer que la France commence à acquérir quelque chose d’une culture foot. Et les joueurs, qui évolueront à guichets fermés à La Beaujoire, apprécient de pouvoir compter sur une vraie base populaire.

Dimitri Payet : «On a vu l’engouement qu’il y avait autour de notre équipe, on a hâte de découvrir l’ambiance extraordinaire qui nous attend à Nantes. Je m’y attendais mais peut-être pas autant. On a réussi à gagner le cœur des Français. Il s’est passé quelque chose contre la Russie, il y a eu des buts, une communion avec le public. On a vu qu’on pouvait compter sur nos supporters. Les matchs seront difficiles, on le sait. On sait combien c’est important de jouer à domicile ».
Cabaye ensuite : « J’espère qu’à chaque match, le public sera comme un douzième homme sur la pelouse pour nous aider à aller chercher des résultats positifs ».

C’est notre seule réserve, au passage. Si on sent un enthousiasme sincère autour de cette équipe parce qu’elle a gagné avec la manière ses deux derniers matchs, reste à voir si les Bleus tiennent enfin un public capable de les pousser quand ça rigole moins sur le terrain. Par exemple, à 0-0 contre les Roumains à l’heure de jeu lors du match d’ouverture.