Karim Benzema et Didier Deschamps lors de la Coupe du monde 2014.
Karim Benzema et Didier Deschamps lors de la Coupe du monde 2014. — David Vincent/AP/SIPA

FOOTBALL

Karim Benzema: Pourquoi Deschamps et la Fédération vont se passer de lui pour l'Euro 2016

L’avant-centre madrilène ne sera pas retenu dans la liste des 23 pour le championnat d’Europe…

C’est une décision que l’on n’avait pas vu venir, honnêtement : Benzema privé de sélection pour l'Euro 2016. Des mois que Didier Deschamps et Noël Le Graët se répandaient en déclarations élogieuses sur Karim Benzema dès qu’une fenêtre leur était ouverte. A chaque fois, ça voulait dire, « dès que cette broutille se tasse, on le reprend ni vu, ni connu », ou à peu près. Un raisonnement qui semblait tenir la corde jusqu’à tout récemment. Qu’est-ce qui a bien pu faire changer d’avis le président de la Fédération, puisque c’est ce dernier qui avait la main sur le bouton nucléaire ?

La pression de l’opinion publique

Le Graët s’est toujours défendu de gouverner en fonction des humeurs de la rue ou des politiques, mais il a constaté comme tout le monde que le retour de Benzema faisait l’unanimité contre lui. Un sondage récent commandé par BFM indiquait que 82 % des Français ne souhaitaient pas son retour pour l’Euro, tandis que du Premier ministre au ministre des Sports, chacun a suggéré sans prendre des gants que niveau exemplarité, ça ferait tâche de voir le Madrilène, toujours mis en examen, avec le maillot bleu cet été. En se privant volontairement de Benzema, DD et son président s’assurent au moins la paix sociale pendant la compétition en s’assurant de n’être jugés que sur la réussite sportive de l’aventure.

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La répercussion possible sur la vie de groupe

Vue comme l’affaire nous occupe depuis six mois, on imagine aussi qu’elle trotte dans la tête des joueurs de l’équipe de France à chaque fois qu’ils mettent les pieds à Clairefontaine, où Benzema et Valbuena ont échangé la première fois sur la fameuse sextape en septembre. « C’est quelque chose qui peut nous polluer l’esprit et nous empêcher de nous concentrer sur le terrain. Or, l’essentiel, c’est le terrain » résumait Giroud lors du précédent rassemblement. C’est l’avis d’un joueur intéressé, peut-être, mais il faut avouer que le signal d’un retour de Benzema aurait pu perturber l’alchimie d’un groupe en pleine euphorie ces derniers mois.

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Les deux derniers matchs réussis des Bleus

Longtemps, l’éventualité d’un retour du meilleur buteur actuel des Bleus a tenu à son statut d’indispensable sur le terrain au poste d’avant-centre. Les deux dernières rencontres des Bleus disputées sans Benzema ont démontré qu’il y avait une vie sans l’ancien lyonnais en équipe de France, avec sept buts marqués et une menace offensive constante. De manière plus générale, l’éclosion ou le retour en grâce de grands talents (Dembélé, Coman, Payet, Ben Arfa) dessine une équipe au pouvoir offensif presque inédit dans son histoire, si l’on excepte le début des années 2000, celles d’Henry, Trezeguet, et Anelka. Un réservoir qui permet de relativiser la perspective de gagner l’Euro sans Benzema.

La possibilité d’un rebondissement pendant l’Euro

Si le contrôle judiciaire de Benzema a été levé et « qu’il n’existe aucun obstacle, sur le plan juridique, au fait qu’il soit sélectionné », comme le précise la FFF dans son communiqué officialisant la non-sélection du Madrilène, il ne faut pas exclure non plus que Le Graët et Deschamps se soient prémunis d’un rebondissement éventuel de l’affaire pendant la compétition. C’est peu probable, mais imaginons une descente de police à Clairefontaine pendant la compétition et les conséquences médiatiques qu’elle entraînerait. La révélation récente par Libération d’une affaire de blanchiment de trafic de stupéfiantes impliquant Benzema à titre de témoin, a pu refroidir un peu plus la FFF.

Les précédents de Knysna et de l’Euro 2012

En préambule de son communiqué, le FFF ne prive pas de préciser « qu’il n’existe aucun obstacle, sur le plan juridique, au fait que Benzema soit sélectionné ». Une manière d’insister en creux sur le « courage » dont a fait preuve la Fédération en se mettant d’accord avec les principes qu’elle a elle-même imposés, à savoir la fameuse charte éthique placardée dans les chambres à Clairefontaine. « La capacité des joueurs à œuvrer dans le sens de l’unité, au sein et autour du groupe, l’exemplarité et la préservation du groupe sont également prises en compte pour décider de la sélection au sein de l’Equipe de France », écrit également la FFF. Sans doute échaudés par les cendres de Knysna, ravivées par certains comportements déviants lors de l’Euro 2012, Le Graët et Deschamps ont privilégié la morale au terrain.