Lis bien ça, Edinson Cavani: Mais qu’est-ce que c’est que ce fameux déclic?

PSYCHO Maintenant qu’il a planté contre Chelsea, l’Uruguayen s’est-il débloqué ?….

Antoine Maes

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L'attaquant du PSG Edinson Cavani contre Chelsea, le 16 février 2016 au Parc des Princes.
L'attaquant du PSG Edinson Cavani contre Chelsea, le 16 février 2016 au Parc des Princes. — MIGUEL MEDINA / AFP

« Alors Edinson Cavani, ce but contre Chelsea, est-ce que c’est le déclic pour vous ? ». Pour être honnête, depuis le temps qu’on trimballe notre enregistreur sous le nez des sportifs, on a bien dû en entendre parler des centaines de fois de ce fameux « déclic ». Le terme tient autant de la formule magique que du tic de langage. Le truc, c’est que c’est un concept beaucoup plus compliqué. On a donc posé à Marthe Marandola - psychologue et auteur du livre Le déclic libérateur, la prise de conscience, enquête et récit - les questions qu’on poserait bien à l’Uruguayen.

« Oh, là-haut, je le vois, c’est le déclic ! » (Photo AFP)

Edi, ce but contre Chelsea après des mois assez compliqués avec le PSG, vous pensez que c’est le déclic ?

« Le déclic, c’est prendre conscience de quelque chose. Peut-être que votre joueur de foot a touché en lui une zone où il y avait sa frustration accumulée. Quand on étudie le déclic, ce qui fait basculer quelqu’un dans un autre mode de fonctionnement - on l’a étudié par exemple chez des scientifiques qui trouvent quelque chose - c’est d’abord précédé du fait qu’il y a un inconfort. Que ça génère beaucoup de réflexion et parfois une pensée obsessionnelle. Et puis il y a un moment de lâcher prise où la personne est occupée à autre chose. On a souvent observé que les déclics qui amènent des décisions importantes se produisent après. Comme si on était passé d’une phase d’analyse à une phase où une autre partie de nous-même a pris le relais, quelque chose d’inconscient. C’est très souvent dans cette période-là, entre les deux, qu’il y a des mouvements qui se passent, qui échappent au contrôle de la pensée rationnelle. On met en relation des éléments qu’on n’avait pas compris. »

 

Edi, ce but, ça veut dire que vous n’avez jamais lâché ?

« Ça ne vient jamais tout seul, c’est parce qu’il y a eu du travail, et c’est d’autant plus frustrant si ça n’arrive pas. En pédagogie, on dit que les enfants comprennent quand ils n’écoutent plus. On a tous fait l’expérience d’une pensée obsessionnelle, on se réveille la nuit, on y pense, on se rend compte que toutes les solutions sont nulles parce qu’on revient toujours aux mêmes schémas. Alors qu’il y a besoin de voir les choses autrement. J’ai vu des observations sur des skieurs de haut niveau. Dans la préparation mentale, ils visualisent, se voient en train de descendre, et puis il y a des moments de jeu, de lâcher prise. Et c’est souvent dans ce mélange-là qu’il y a une part de soi qui se met en route. Qui est d’une part de l’ordre de l’automatisme, de tout ce qui a été appris, et d’autre part qui est beaucoup plus créative et visionnaire. Au ski, on sait que l’œil et le cerveau n’ont pas le temps de voir. C’est bien qu’il y a quelque chose qui se met en route, c’est plus que de l’automatisation. Comme s’il y avait des connexions de créativité. »

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Ce but va forcément vous libérer. Quel Cavani va-t-on voir pour le reste de la saison ?

« Ce que l’entraîneur va sans doute faire, à force de regarder ce qui s’est passé, c’est de conscientiser l’apprentissage. Que ce moment de créativité pure devienne aussi un moment d’apprentissage. C’est compliqué, parce que dans notre cerveau la zone d’apprentissage et très liée à la zone émotionnelle. Quand il y a eu une très grosse gratification, le moment est propice pour ancrer en soi non seulement le « je suis capable de le faire », mais aussi le « au fond, je commence à comprendre comment je fais ». C’est ça qui fait la distinction avec les très grands champions. Ce n’est pas que de la créativité pure : il y a quelque chose en eux qui est capable de reproduire le geste. Chez les scientifiques, la personne comprend comment elle arrive à son résultat. Mais ça ne suffit pas. Il faut retrouver le cheminement, le conscientiser. Les sportifs de haut niveau sont tous excellents. Qu’est-ce qui distingue celui qui est plus excellent que les autres ? La capacité à reproduire. Un Messi, qui a l’air d’avoir une psychologie plutôt étrange, je suis sûr qu’il doit beaucoup s’analyser, se regarder, avoir ses moments de créativité, mais aussi de mémorisation et de travail. »