France-Italie: Le stadier-héros du 13 novembre «n'a aucun problème» à continuer son métier

RUGBY Salim Toorabally se bat pour les conditions de travail de sa profession trois mois après le dernier match international au Stade de France...

Julien Laloye

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Le Stade de France avait été visé par les attentats du 13 novembre.
Le Stade de France avait été visé par les attentats du 13 novembre. — Michel Euler/AP/SIPA

Samedi après-midi, Salim Toorabally ne contrôlera pas les accès du Stade de France avant le match du XV de France contre l’Italie, la première rencontre internationale à Saint-Denis depuis les attentats du 13 novembre. Oh, ce n’est pas un choix délibéré. Cet agent de sécurité habitué des soirées événementielles – « 10 ans d’expérience dans le métier » – n’était simplement pas dispo sur le planning.

Rassurez-vous, il compte bien retrouver sa place contre l’Irlande le week-end d’après. Vous avez la mémoire qui flanche ? Salim Toorabally fait partie des héros de cette soirée funeste, de ceux qui vous réconcilient avec la vie. Depuis son poste à la porte L, l’homme a sauvé les spectateurs d’un carnage en refusant l’entrée à plusieurs reprises au terroriste Bilal Hadfi durant les premières minutes du match entre l’équipe de France et l’Allemagne.

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Pas seulement ça, d’ailleurs. Salim, formé aux premiers soins, n’a pas hésité à quitter son poste pour secourir des collègues touchés par une autre explosion quelques mètres plus loin. Cela peut paraître bête, dit comme ça. Un réflexe naturel, diront certains. C’est mal connaître le business des sociétés de sécurité. Les soirs de match, il y a plus d’une dizaine de prestataires concurrents sur le terrain, avec chacune son pré carré et ses agents prévenus par SMS pour une vacation de quelques heures payées en dessous du Smic, la plupart du temps en complément d’un autre job tout aussi mal rémunéré. Pour toutes ces raisons, et parce qu’il le méritait, Salim ne cache pas son émotion d’avoir assisté à l’hommage des Invalides, où il a été décoré pour « acte de bravoure », une première dans son métier.

Salim Toorabally/Crédits Facebook S.T.

« Au début, je sursautais à chaque bruit un peu fort »

« Ce jour-là, je représentais 150 000 agents de toute la France qui font un boulot difficile, tient à préciser notre homme, très soucieux des conditions de travail dans sa profession. Je discute avec des collègues souvent mal équipés pour faire face à la menace, des travailleurs isolés qui sont en première ligne s’il se passe quelque chose. » Des inquiétudes dont il a pu s’entretenir directement avec Bernard Cazeneuve, le ministre de l’Intérieur. « Ils réfléchissent à des mesures, mais pour l’instant ça discute tout en haut », résume-t-il. Les fans de rugby habitués aux ambiances festives du tournoi des VI Nations devraient sentir la différence. Samedi, il y aura 250 policiers, 800 agents de sécurité, des tireurs d’élite embusqués un peu partout, et même des points des opérations de préfiltrage avant l’arrivée au stade.

Tout ça avant d’arriver à la fouille, le rôle de Salim et de ses compagnons. Elle sera plus minutieuse encore, forcément, même si les événements de novembre n’ont pas débouché sur de nouvelles consignes à quatre mois de l’Euro. « Il n’y a pas eu de débriefing particulier, mais personne n’a dit stop parce que c’était trop dangereux chez ceux que je connais », assure Salim. La plupart seront là face à l’Italie comme ils l’étaient face à l’Allemagne. « On nous a proposé de voir un psychologue. Au début, je sursautais à chaque bruit un peu fort, mais je me suis remis assez vite. En quinze jours, ça allait. Je n’aurai aucun problème à faire les matchs qui viennent et puis l’Euro. » C’est une chance pour tout le monde.