Fifa: Comment Michel Platini s'est fait avoir par Sepp Blatter

FOOTBALL Le Français a décidé de jeter l'éponge dans la course à la présidence de la Fifa...

A.M. avec AFP

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Joseph Blatter et Michel Platini le 11 juin 2014 à Sao Paulo
Joseph Blatter et Michel Platini le 11 juin 2014 à Sao Paulo — Fabrice Coffrini AFP

Celle-là, il ne l'avait pas vu venir. Michel Platini, qui lisait le jeu avant les autres, n'a pas senti venir sa plus amère défaite: celui qui fut le meilleur joueur de la planète puis le patron du foot européen a renoncé à son rêve de présidence de la Fifa, retirant sa candidature, faute de temps suffisant pour faire appel de la suspension de 8 ans prononcée fin décembre.

L'élection est trop proche

L'élection est le 26 février. Mais le timing était trop serré. Le compétiteur, la mort dans l'âme, s'est logiquement retiré en annonçant à L'Equipe: «Je ne me présenterai pas à la présidence de la Fifa. Je retire ma candidature. Je ne peux plus, je n'ai plus le temps ni les moyens d'aller voir les électeurs, de rencontrer les gens, de me battre avec les autres». Il va consacrer son temps à blanchir son nom.

Comment en est-on arrivé là ? «Chaque fois que je me rapproche du soleil, comme Icare, ça brûle de partout», avait analysé de façon prémonitoire l'ex-capitaine des Bleus le 19 octobre, dans une interview au journal Le Monde. A six mois de l'Euro organisé chez lui, en France, Platini a été entraîné dans la chute de son ex-mentor devenu son meilleur ennemi, Joseph Blatter, le président de la Fifa, également suspendu 8 ans le 21 décembre par la justice interne de la Fifa.

En cause, un paiement de 1,8 million d'euros du second au premier en 2011 pour un travail de conseiller achevé en 2002 sans contrat écrit. A 60 ans, l'icône du beau jeu tombe pour une histoire de gros chèque, alors que son image n'avait jamais été associée à celle des joueurs-millionnaires d'aujourd'hui.

La Fifa l'a embourbé

Le coup est rude pour le petit-fils de modestes immigrés italiens, qui vit le foot comme il respire, de son enfance à Joeuf (Meurthe-et-Moselle) à la présidence de l'UEFA décrochée en 2007, en passant par la victoire à l'Euro-1984 et trois Ballons d'Or, record pour un Français (1983, 1984, 1985).

Platini a d'ailleurs eu des mots très durs après le verdict de la Fifa, annonçant son intention de faire appel. Décrivant les juges internes de la Fifa le 22 décembe, il tacle ainsi: «Ils ne sont pas éthiques, ils sont pathétiques.» Incarnation du romantisme dans le foot, Platini avait gravi toutes les marches avec succès, comme joueur puis dirigeant, même si sa courte carrière d'entraîneur fut mitigée (sélectionneur des Bleus de 1988 à 1992). Ceux qui ont suivi sa trajectoire des terrains jusqu'aux couloirs des instances du foot assurent que l'homme n'a pas changé.

Pourtant fin politique à l'UEFA, a-t-il fait preuve de légèreté dans l'affaire du versement qui lui vaut sa chute? Au Monde, il avait raconté en ces termes la genèse du contrat: «"Combien tu veux?", demande Blatter. Je réponds: "Un million". "De quoi?", "De ce que tu veux, des roubles, des livres, des dollars." A cette époque, il n'y a pas encore l'euro. Il répond: "D'accord, un million de francs suisses par an."»

Blatter l'a pigé

Blatter, que Platini avait exhorté à partir fin mai lorsque le scandale Fifa a éclaté, a-t-il pu être à l'origine des révélations qui ont coûté sa tête au Français? «Tout est parti de Blatter, qui voulait ma peau, qui ne voulait pas que j'aille à la Fifa. Il disait souvent que je serais son dernier scalp, mais il est tombé en même temps que moi», affirme-t-il dans L'Equipe de vendredi.

«Je n'aime pas perdre», a-t-il confié au Monde. Aujourd'hui, il vit son plus gros revers après avoir presque tout gagné comme joueur, malgré deux échecs en demi-finales des Mondiaux 1982 et 1986. A son palmarès, la Coupe de France avec Nancy (1978), le championnat de France avec les Verts de Saint-Étienne (1981), le championnat d'Italie avec la Juventus Turin (1984, 1986). Celui qui a élevé le coup franc au rang d'art a été le premier Français de renom à partir en Italie cultiver la gagne.

Mais avec la Juve, il a connu le pire: la tragédie du stade du Heysel, qui avait fait 39 morts le 29 mai 1985 à Bruxelles. Platini y avait joué et gagné la finale de la Coupe d'Europe des clubs champions contre Liverpool (1-0), juste après les scènes d'horreur. «Cette finale ne m'a pas quitté, comme elle n'a pas quitté l'esprit de tous ceux qui étaient présents, ceux qui ont perdu un être cher, ceux pour qui tout a changé en quelques terribles minutes», a-t-il dit le 29 mai pour le 30e anniversaire du drame.

A ce moment-là, le séisme Fifa venait d'éclater et Platini se rêvait encore en patron du foot mondial. Aujourd'hui, il risque de finir dans les pages jaunies d'un vieil album Panini, emporté par les remous du scandale.