Ligue des champions: Comment Lyon s'est-il débrouillé pour devenir aussi nul?

FOOTBALL Joueurs, entraîneur, et président partagent tous une part de responsabilité dans la déconfiture actuelle de l’OL, qui se déplace à Valence en C1 pour un match sans enjeu mercredi…

Julien Laloye avec Jérémy Laugier, à Lyon.

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Mathieu Valbuena ne sera pas du déplacement à Valence, en Ligue des champions.
Mathieu Valbuena ne sera pas du déplacement à Valence, en Ligue des champions. — Laurent Cipriani/AP/SIPA

De notre envoyé spécial à Valence,

Quand on y songe, tout de même, c’est impardonnable. Se retrouver en Espagne à jouer un match pour des cacahuètes dans cette poule de niveau Ligue Europa, il fallait s’accrocher pour le deviner fin août, quand tout n’allait pas si mal à Lyon. Les jeunes venaient de prolonger, des recrues aussi chères qu’avant étaient arrivées, Gerland attendait des adieux réussis, et Nabil Fekir était encore sur deux jambes. Depuis, le bilan est catastrophique, au point de faire réfléchir un président qui déteste ça à l’opportunité de virer son entraîneur pour sauver ce qui peut encore l’être. Comment l’OL en est arrivé là ? 20 Minutes a enquêté.

Un vestiaire divisé entre les joueurs formés au club et les autres ?

Résumons la rumeur qui poursuit le vestiaire lyonnais depuis le début de saison, largement relayée par une enquête récente de RMC. Les joueurs du cru, ceux qui ont amené le club à la 2e place l’an passé, se comporteraient comme de véritables têtes de lard vis-à-vis des nouveaux qui n’ont pas prouvé sur le terrain qu’ils méritaient de prendre leur place. Exemple, l’altercation entre Yanga Mbiwa et Lacazette à cause de moqueries déplacées du second, après le Zénith. Une thèse qui ne trouve pas d’écho durable selon plusieurs sources au sein du club. « Humainement, les joueurs s’entendent normalement. Mais c’est sur le terrain qu’on n’arrive pas à comprendre ce qui se passe », diagnostique un habitué du vestiaire lyonnais. « L’ambiance n’est pas terrible, c’est une évidence, mais il n’y a pas de cassure dans le groupe », explique un autre.

 

« Je ne peux pas vous dire qu’il y a des clans dans le vestiaire, parce que ça ne correspond pas aux retours que j’en ai, ajoute un membre de l’entourage d’un joueur arrivé cet été. Les nouveaux ont été bien accueillis, pas mal de gars du club ont fait des efforts pour les intégrer ». Pourtant, une partie du vestiaire lyonnais a passé les derniers jours à chercher la taupe qui a balancé le contenu de la réunion du groupe avant Montpellier, signe que la semaine qui vient (Valence et Paris) pourrait tourner à la boucherie. « Les joueurs abordent Valence avec sérieux car ce match peut leur servir à inverser la spirale. Alors autant tout donner », tente de rassurer un proche des joueurs.

Hubert Fournier, un entraîneur coupé de ses troupes ?

« Personne ne pensait qu’avec lui, Lyon finirait dans les cinq premiers du championnat » Cette vacherie lâchée au JDD par Jean-Pierre Caillot, son ancien président à Reims, disait tout de la position de Fournier à Lyon quand ça marchait. Alors imaginez maintenant que ça ne marche pas. Première remarque qui colle à la réputation de l’ancien défenseur central : l’absence de travail de fond lors des entraînements. Des fidèles de Tola-Vologe ont noté que certaines séances manquaient de rigueur, et c’est un euphémisme que de le dire comme ça. Lors de la fameuse réunion de crise, Lacazette avait d’ailleurs pris la parole pour tout le monde, demandant entre autres plus de travail tactique sur le 4-4-2 en losange. « C’était un temps de parole pour crever l’abcès et éviter les non dits, éclaircit un témoin à qui l’on a raconté la scène. Alex a vraiment pris la parole pour aider le groupe à aller de l’avant. Il ne voulait pas mettre Fournier en porte-à-faux. Mais on se rend bien compte que le coach ne voit pas de solutions, un peu comme Hervé Renard il y a peu à Lille ».

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Le constat est sévère, d’autant que Fournier n’est pas adepte de la méthode du coup de gueule en interne pour resserrer les rangs. « Ce n’est pas quelqu’un qui aime le conflit, je dirais même qu’il le fuit », explique un de ses anciens joueurs à Reims. Il n’est pas du genre, non plus, à faire de la surenchère dans les moments compliqués. « Il avait eu une période aussi délicate avec nous. Dans ces cas-là, multiplier les entretiens individuels, ce n’est pas son truc. Il avait choisi de ne rien changer à sa ligne de conduite. Il avait juste obtenu de changer d’adjoint à la trêve parce que le courant ne passait pas avec l’ancien. On avait fait une super 2e partie de saison ». La rétrogradation dans le groupe pro 2 de Michel Audrain, l’adjoint que Fournier avait amené dans ses bagages rémois, n’a pas eu le même effet pour le moment.

Un président à court de solutions ?

Jean-Michel Aulas a été le premier à troubler la quiétude estivale du club en vendant la mèche du nouveau salaire proposé à Lacazette aux médias. Le meilleur buteur de L1 en titre n’a pas aimé, et tout le vestiaire, mis au courant de la fiche de salaire de son joueur le mieux payé, a pu s’étalonner en direct. Il n’y a rien de mieux pour susciter des jalousies. L’arrivée d’un autre gros salaire, celui de Mathieu Valbuena, correspond aussi à un choix exclusif du président lyonnais. Beaucoup, en interne, estimaient que le profil de l’ancien marseillais ne collait pas aux besoins du club à ce poste-là, notamment Bernard Lacombe, qui a parfois du mal à suivre la stratégie de recrutement de son boss.

 

Plus inquiétant, les coups de semonce remobilisateurs du président lyonnais ne semblent plus effrayer grand monde. JMA s’est beaucoup investi personnellement auprès des joueurs pour tenter de résoudre la crise ces dernières semaines, et cela n’a pas empêché l’OL de glisser du médiocre vers l’affligeant en novembre. Pour la première fois, le patron de la Cegid a même sous-entendu qu’il pourrait virer son entraîneur, ce qu’il n’a plus fait depuis 1996. Si les choses vont plus mal, je ne resterai pas prisonnier de mes principes, a-t-il expliqué à Eurosport. Je ne dois pas laisser penser que je suis dans un management qui ne tranche jamais dans le vif ». Sauf qu’il n’a pas dix mille solutions sous la main. Avant Angers, au cours d’un échange très à propos au milieu des caméras, JMA avait demandé à Juninho, de retour pour fêter la der à Gerland, « s’il ne voulait pas l’accompagner pour parler aux joueurs ». Le Brésilien a souri, puis répété à tous les journalistes du coin qu’il ne s’y collerait pas avant 2017. Ça fait long à attendre…