Ligue des champions: Regarder du foot est-il dangereux pour la santé ?

FOOTBALL Un supporter espagnol est décédé d’un accident cardiaque lors du match entre Valence et Barcelone dimanche dernier…

Julien Laloye

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Des supportrices stressées lors d'un match de football américain.
Des supportrices stressées lors d'un match de football américain. — Laura Chramer/AP/SIPA

De notre envoyé spécial à Valence,

L’homme avait une quarantaine d’années, l’âge où la santé n’est pas encore un problème mais juste une inquiétude qui concerne la génération d’avant. Pourtant, le cœur de ce supporter de Valence n’a pas résisté à l’égalisation de Santi Mina face au Barça dimanche à Mestalla. Le personnel médical de la Croix-Rouge, présent rapidement et en nombre dans la tribune sud selon des témoins directs, n’a rien pu faire pour le ranimer. Le genre de faits divers tragiques qui surgit une ou deux fois l’an - la dernière fois c’était au Brésil - et qui soulève la même interrogation : le fan du foot est-il plus susceptible que les autres de souffrir d’un AVC ou d’une crise cardiaque quand il est en train de supporter son équipe favorite, devant sa télé ou derrière les buts ?

 

Les chercheurs se sont posé la question avant nous, avec des résultats parfois convaincants. En 2002, une étude parue dans le British Medical Journal se concentre sur les jours qui ont suivi l’élimination de l’Angleterre aux tirs au but par l’Argentine lors de la Coupe du monde 98. Du mardi soir tard au jeudi, les admissions pour infarctus du myocarde ont augmenté de 25 % dans les hôpitaux anglais par rapport à une période sans compétition.

En 2006, une équipe de cardiologues de l’Université de Munich parvient peu ou prou aux mêmes conclusions. Leur étude, conduite à partir des admissions dans les hôpitaux de Bavière les jours de match de l’Allemagne lors du Mondial, fait état d’un risque d’AVC multiplié par 3,66 pour les hommes, et même 1, 82 pour les femmes. Le docteur Wilbert-Lampen, responsable de l’étude, suggère même d’agir en amont, en fournissant des bêtabloquants ou de l’aspirine aux supporters déjà fragiles du cœur.

Des mesures préventives qui n’ont jamais été adoptées par le monde médical. La raison ? « Toutes les expériences scientifiques qui ont suivi n’ont jamais pu faire le lien entre le stress émotionnel d’un match de foot et le risque d’accident cardiaque ou cérébral », détaille le docteur Béjot, neurologue au CHU de Dijon. Lui-même, en collaboration avec d’autres chercheurs, a mené une étude à partir de la population dijonnaise, cette fois-ci sur les attaques cérébrales provoquées (ou non) par le football, en prenant en compte toutes les grandes compétitions depuis 1986. « On a abouti à tout l’inverse ! Nos résultats ont laissé apparaître au contraire que le risque de malaise diminuait de 40 % dans ces périodes-là comparées à celles sans match. On l’a associé à un effet protecteur, comme si le stress avait un effet positif sur l’activité cérébrale ». Des observations qu’il ne faut pas prendre au pied de la lettre.

Le résumé de l’étude menée à Dijon

« Ceux qui fument et qui boivent doivent faire plus attention »

« Il faudrait resserrer l’étude sur les supporters plutôt que sur une population donnée dont on ignore si elle aime le foot… Il y a trop de paramètres à prendre en compte. Par exemple, Le décalage horaire. Si la Coupe du monde a lieu à l’autre bout du monde, selon l’heure des matchs, l’impact émotionnel ne sera pas du tout le même. Le jour aussi compte. Il y a toujours moins d’accidents les jours fériés et les week-ends quand les gens ne travaillent pas ». C’est un coup de pot que le 12 juillet 1998 soit tombé un dimanche, au passage.

Seule certitude, les sujets potentiellement à risque, notamment sur le plan cardiaque, n’ont rien à perdre à prendre leurs faiblesses par les bretelles avant l’Euro du mois de juin. « Ceux qui fument, qui boivent, qui font déjà de l’hypertension artérielle, du diabète, ils doivent faire attention aux facteurs de risque avant, surtout que dans l’euphorie de la victoire ou la tristesse de la défaite, on oublie parfois de prendre ses médicaments, si on en a ».

Les fans de l’OL avant le match contre Angers/SIPA

 

PS : hormis ce dernier point, la cause sera donc entendue une fois la demi-finale France-Espagne commencée. Cela n’empêche pas de préparer son petit cœur au pire pendant les mois qui viennent. 20 Minutes, tout à son altruisme habituel, a concocté un petit condensé d’émotions sportives qui pourraient se produire tout bientôt, pour vous aider à encaisser le choc, le vrai :

Le tir au but raté par Pogba (quelle idée de tenter un coup du foulard aussi) contre l’Allemagne, après avoir mené au score jusqu’à la 92e minute en finale de l’Euro.

L’équipe de France de rugby qui marque un essai après plus de trois passes.

Cavani qui rate le but de la qualif à l’Allianz Arena à cinq minutes de la fin en demi-finale retour de la C1.

Nabil Fekir qui se répète le genou pour son premier match avec l’OL en sept mois.

Gasquet qui rate trois balles de match en demi-finale de Roland contre Wawrinka.

L’OM qui gagne une rencontre au Vélodrome.

Sepp Blatter qui est déclaré coupable de quelque chose.

Les Warriors qui perdent leur premier match de saison régulière. En février.

Angers qui se qualifie pour la Ligue des champions.

Clermont qui gagne une finale de Coupe d’Europe à la dernière minute.

Valbuena qui fait une passe décisive à Benzema. A l’Euro.