Affaire de la sextape de Valbuena: Pourquoi et comment le dossier judiciaire de Benzema a fuité?

JUSTICE Après « L’Equipe », « Le Monde » a publié l’audition de Karim Benzema dans l’affaire de la sextape de Valbuena alors qu’elle est normalement couverte par le secret de l’instruction…

Vincent Vantighem

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Karim Benzema à la sortie de son audition à Versailles, le 5 novembre 2015.
Karim Benzema à la sortie de son audition à Versailles, le 5 novembre 2015. — MATTHIEU ALEXANDRE / AFP

« Tarlouze… » Le qualificatif de Karim Benzema vise Mathieu Valbuena dans le cadre de l’affaire de la sextape. Le problème n’est pas tant la vulgarité que le fait qu’elle se soit retrouvée dans les colonnes du Monde, mercredi. Trois semaines après L’Equipe, le grand quotidien du soir a, à son tour, publié une partie du dossier secret de la juge qui instruit cette affaire de « chantage ». En l’espèce, l’audition in extenso de Karim Benzema juste avant qu’il ne soit mis en examen.

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Alain Jakubowicz, l’avocat de l’attaquant du Real Madrid, a immédiatement annoncé son intention de déposer plainte pour « violation du secret de l’instruction ». 20 Minutes explique pourquoi cela ne mènera sans doute nulle part et revient sur ce phénomène de fuites récurrentes dans la presse… Source : Extrait du journal Le Monde du 02 décembre 2015.

  • Pourquoi y a-t-il des fuites dans ce dossier ?

Sexe, football et argent. Trois mots qui suffisent pour expliquer que l’affaire de la sextape intéresse les journaux, qui estiment eux-mêmes qu’elle intéresse leurs lecteurs. « Le problème, c’est que le temps de la justice n’est pas le même que le temps médiatique, se désole Françoise Martres, présidente du syndicat de la magistrature (SM, classé à gauche). Les journaux ne peuvent pas se permettre d’attendre la fin de l’instruction dans plusieurs mois pour en parler. » La Une de L’Equipe du mercredi 11 novembre 2015.

  • Comment ces documents sortent-ils dans la presse ?

Avocat de Dominique Strauss-Kahn dans le dossier du Carlton, Richard Malka connaît bien le système de fuites médiatiques. « Il y a trois possibilités, liste-t-il. Elles viennent soit des policiers qui sont copains avec les journalistes, soit des avocats qui pensent aider ainsi leurs clients, soit des juges qui veulent orienter leur enquête dans un sens… »

  • Cela peut-il influer sur la suite de l’affaire ?

D’une certaine manière, oui. Quasiment à chaque fois, les journaux ne publient que des extraits – les plus croustillants – des auditions, des écoutes ou des interrogatoires. « Les lecteurs se forgent une opinion à partir d’éléments qui sont donc biaisés dès le départ », poursuit Françoise Martres. « Et on oublie souvent que derrière l’aridité d’un dossier il y a des personnes humaines », regrette Richard Malka. Recherche « DSK Matériel » sur Google

Exemple avec le dossier du Carlton. DSK a reconnu avoir qualifié de « matériel » les jeunes filles avec lesquelles il couchait. Si l’expression n’apparaît qu’une fois dans le dossier judiciaire épais de plus de 250 pages, il renvoie sur Google à 176.000 occurrences depuis qu’il a fuité dans la presse.

  • Pourquoi les plaintes pour « violation du secret de l’instruction » ne débouchent-elles sur aucune condamnation ?

Parce que rien n'oblige un journaliste à livrer le nom de la source qui lui a refilé des documents placés sous le sceau du secret. Et que le journaliste en question ne le fait quasiment jamais de son plein gré. Enfin, parce que les juges ont, tout de même, des dossiers plus importants à traiter. « Disons que l’essentiel de la diligence des policiers et des juges n’est pas placé dans ce type d’affaires », poursuit avec prudence Richard Malka.

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Alors, quel est l’intérêt de déposer plainte ? « C’est de la communication, avoue le pénaliste. On dépose plainte systématiquement pour montrer notre désapprobation. Mais on le fait sans illusion… »

  • Faudrait-il changer la loi sur la « violation du secret » ?

« Tout le monde se désole de ce genre de fuites mais personne ne fait rien », tacle Françoise Martres, visant directement les politiques. Pourtant, les magistrats et avocats ont beaucoup réfléchi à la question ces dernières années. Encore plus depuis l’apparition des réseaux sociaux qui peuvent rendre une fuite virale en l’espace de quelques minutes.

 

« Doit-on maintenir ce secret ?, interroge la présidente du syndicat de la magistrature. Je me pose vraiment la question. Peut-être faudrait-il que la justice publie tout ou partie des éléments en cours de route pour éviter cela… » La loi prévoit que seul le procureur – et non le juge – peut informer la presse d’une affaire en cours. « On a vu le procureur Molins parler régulièrement de l’enquête sur les attentats et il n’y a pas eu de grosses fuites dans ce dossier, poursuit la magistrate. Cela peut-être une solution. »